A toi et a moi

À toi et à moi 

une histoire des amis qui deviennent amants


Dire adieu n’est jamais facile.

Partir est encore plus difficile.

Oublier l’âme sœur est impossible.

Nous avons le même anniversaire et nous respirons le même air. Mon meilleur ami, Nick, est mon voisin, et je le connais depuis l’époque où nous faisions des ricochets sur Pebble Beach. C’est la première personne que je vois chaque matin, et la dernière à laquelle je dis bonne nuit avant de fermer les yeux.

Ma vie est à lui, et la sienne est à moi. Nous allons vieillir ensemble. En tout cas c’est ce que nous avons prévu, et tout se serait passé à la perfection s’il n’avait pas décidé de partir.

Elle, c’est la voisine, ma dose de réalité quotidienne. Mon cœur appartient à Joelle depuis que nous avons échangé nos chewing-gums. Nous avons ri ensemble pendant les bons jours, et pleuré tous les deux pendant les mauvais. Un jour, je l’épouserai. Mais d’abord, il me faut accomplir mon destin. On ne peut pas se considérer comme un homme digne de ce nom si on n’est pas prêt à se tenir debout et à protéger ceux qu’on aime, pas vrai ?

J’espère simplement que je serai encore debout quand on arrivera à notre happy end.

Si vous aimez les histoires d’amis qui deviennent amants, vous adorerez À toi et à moi. 

Accompagnez Nick et Joelle dans leur voyage plein d’embûches tandis qu’ils grandissent ensemble, traversent les peines de cœur et les chagrins, pour finalement laisser l’amour, l’espoir et la patience rassembler les morceaux épars de leur vie dans À toi et à moi.

Note : À toi et à moi, roman d’amour contemporain où des amis deviennent amants, est réservé à un public adulte.

Disponible à:


Un avant-goût: 

Chapitre 1

— Je te montre le mien si tu me fais voir le tien.

Qui aurait pu s’imaginer qu’une stupide partie de ricochet aurait débouché sur l’amitié de toute une vie ? Assise dans l’herbe, sur la rive, la main derrière le dos, je serrais de toutes mes forces le caillou plat, en priant pour qu’il s’agisse du challenger que je cherchais depuis si longtemps.

— Je te parie que je fais mieux, me taquina Nick. Au moins dix rebonds. 

Il venait de piquer ma curiosité, et je me demandai s’il avait trouvé une meilleure pierre que la mienne. Mais pas question d’accepter si facilement la défaite. Le caillou plat que j’avais dégoté une demi-heure plus tôt et fourré dans ma poche était un champion, pas de doute…

— Impossible. Pas avec celui-là. 

J’aurais tout de même voulu voir la taille du sien, et je tentai de distinguer ce qu’il cachait dans sa main.

— Pas de triche, Jo ! Tu connais les règles. 

Nous avions passé l’heure qui venait de s’écouler à arpenter les falaises de Hope Bay pour trouver les projectiles idéaux. La quête du caillou parfait, un caillou capable de remporter la médaille d’or des Jeux olympiques de ricochet, celui qui ricocherait le plus loin, le plus haut et le plus grand nombre de fois, avait commencé. Nous aurions chacun une chance de jeter nos pierres sur l’eau bleue de Stone Lake, et cette journée de juillet, ensoleillée et sans vent, n’aurait pas pu mieux se présenter pour notre petite compétition. 

Le vainqueur aurait le droit de choisir notre point d’observation pour cette nuit : mon toit ou celui de Nick. Le ciel nocturne, non content de nous offrir d’innombrables surprises, recelait également bon nombre d’étoiles filantes pour qui voulait faire des vœux. Et des vœux, j’en avais tellement que j’arrivais à peine à les empêcher de déborder de mon crâne ; mon toit n’attendait plus que ce jour spécial où je remporterais le concours et où je pourrais partager ma vue sur le ciel avec mon meilleur ami. Il n’y avait même pas deux mètres entre les deux toits, du reste, le sien à l’ouest et le mien à l’est.

Puisque je n’avais encore jamais gagné, je m’imaginais avoir autant de chance de triompher que de voir un astéroïde toucher l’atmosphère pour venir se poser sur ma tête : il aurait fallu un miracle. Mais ça, c’était avant que je trouve le caillou parfait, rond et plat, sans le moindre défaut, la moindre aspérité. Celui-là allait bien me faire au moins quinze sauts. Jouissant de huit années de pratique – notre petite rivalité amicale avait commencé au CP – et d’un bras robuste, je me disais qu’à moins que Nick ait déniché son caillou sur Mars et que celui-ci dispose de pouvoir antigravité, la situation se présentait plutôt bien dorénavant. 

— Les femmes d’abord.

— T’as peur que je gagne ? demandai-je.

— Aucun risque.

— On verra bien. Allez, mate un peu ça !

Je brandis ma trouvaille, l’exposant entre mes doigts comme une pépite d’or. Et pour moi, elle valait bien plus que de l’or ! Grâce à cette pierre, j’allais pouvoir frimer tout l’été, au moins. Il écarquilla les yeux un moment avant de reprendre ce calme qui ne le quittait jamais. 

D’un petit geste, il me fit signe de prendre ma place. 

La tête haute, j’inclinai le cou et je m’approchai de la rive. Aucun vent ne soufflait sur Hope Bay ce jour-là, comme si Mère Nature avait su que j’avais besoin de cette victoire. Je m’échauffai en répétant trois fois mon lancer avant que la pierre ne s’envole de ma main, et je me mis à compter.

Cinq, sept, dix, douze, quatorze…

— T’as vu ça ? Quinze et demi !

Je sautai sur place, tentant de m’affranchir de la gravité comme ma pierre venait de le faire.

— Et demi ?

— Je l’ai vu. Il en a presque fait seize.

— Comme si je pouvais pas battre un demi, fit-il en levant les yeux au ciel.

— Quinze et demi. Je viens de battre mon record, alors que t’as pas fait quinze depuis… ben, depuis un sacré bout de temps. Je suis sûre que je vais gagner, cette fois.

Les mains calées sur les hanches, j’attendis patiemment, et Nick dévoila enfin le caillou qu’il avait caché dans son dos. J’en restai bouche bée. J’avais cru le mien parfait, mais le sien était une merveille, travaillée pendant des millénaires par les vagues délicates de Stone Lake dans l’unique but que Nick le trouve.

Mon cœur me martela la poitrine.

Nick m’adressa un clin d’œil et me sourit, plein d’assurance, tandis qu’il prenait son élan comme un champion de baseball, rassemblant toute la force de son épaule pour la propulser jusqu’au bout de ses doigts et la transmettre à son projectile. Le sifflement du caillou qui partait comme une fusée suffit à me faire douter de mes quinze rebonds et demi si parfaits…

Je regardai la pierre glisser sur l’eau calme, presque au ralenti, en comptant chacun de ses longs sauts. Mon cœur s’emballa lorsque les bonds se firent plus courts, précipitant le terme de leur gracieux trajet.

Huit, dix, douze, quatorze, seize… non !

— C’était qu’un demi-saut, le dernier ! Égalité, protestai-je en désignant les ronds dans l’eau.

— Tu vas quand même pas encore faire ta mauvaise joueuse, Jo ?

— Je. Ne suis. Pas. Une mauvaise joueuse.

— C’est les mauvaises joueuses qui disent ça…

— De toute façon, c’est pas juste. Les hommes sont plus musclés des bras. 

— Alors pourquoi tu me défies toutes les semaines ?

— Parce que… eh ben, si t’avais un frère aîné, il t’expliquerait comment on est censé se comporter, avec les filles.

— Mais de quoi tu parles ?

Comment étais-je censée lui expliquer que parfois, les mecs doivent laisser gagner les nanas ? Les hommes doivent s’arranger pour que les femmes se sentent spéciales, en tout cas c’était ainsi que mon père s’était occupé de moi. Il me laissait lancer la première ligne à l’eau quand nous pêchions, m’ouvrait la porte de la voiture, et restait poliment debout à table jusqu’à ce que je me sois assise. Nick me traitait-il ainsi parce que je n’étais pas encore une femme ? Dans ce cas, il me faudrait encore attendre quelques années que Nick grandisse et agisse comme un homme, un vrai.

— T’inquiète, dis-je avec un petit geste. Tu comprendrais pas.

— Parce que je suis un mec ?

— Ben oui, tiens !

Il fit mine de tousser dans sa main pour murmurer mauvaise joueuse et je lui décochai un regard noir.

— Un jour je te battrai. Tu verras.

— Le jour où j’irai sur Mars, peut-être.

— Oh, la ferme. Au fait, quelle heure il est ?

Il consulta sa montre – il était le seul de nous deux à en avoir une – pour s’assurer que nous rentrerions en ville à dix heures. Pendant l’été et les vacances, mon père avait besoin d’aide à la boulangerie, et Nick aidait sa mère à décorer les gâteaux dans sa boutique. Et il était vraiment doué pour ça, même s’il n’acceptait de participer qu’à condition qu’elle n’en parle à personne. Les deux magasins voisins, avec leurs appartements à trois chambres, juste au-dessus, se trouvaient à la limite de la ville, à quinze minutes à pied de l’autre extrémité et de la caserne des pompiers. Il y avait moins d’un mètre entre la fenêtre de ma chambre et celle de Nick : c’est comme ça que nous étions devenus amis avant même d’aller à l’école, parce que nous avions vécu dans ces maisons depuis notre naissance. Techniquement, je le connaissais depuis toujours.

— Jo, c’est moins le quart. Faut qu’on se grouille !

Le lac n’était pas si loin, mais nous avions choisi l’endroit où personne ne venait jamais à cause des cailloux : tout le monde l’appelait Pebble Beach, la plage des galets, et il nous faudrait bien huit minutes pour rentrer à la maison en courant.

Je m’élançai la première, mais Nick ne tarda pas à me suivre. Étant un garçon, il avait toujours couru plus vite, mais après m’être entraînée en secret tous les matins, j’arrivais à suivre son rythme. Nous courûmes à perdre haleine, traversâmes la forêt et regagnâmes la ville. Je m’égratignai la jambe sur une branche, mais sans m’arrêter. Donner un coup de main à mon père était important pour moi, et je ne l’aurais jamais laissé tomber, en particulier parce qu’il ne pouvait souffler un peu que pendant l’été, quand je venais l’assister.

— Sur le toit, ce soir ? demanda Nick avant de passer en trombe le seuil de sa pâtisserie.

— Ta maison à toi ou ma maison à moi ?

Est-ce qu’il aurait la bonne idée de proposer la mienne, pour changer ?

— La mienne, bien sûr, répondit-il.

Ouais, je me doutais bien. Je soupirai, et je me promis de retourner ensuite sur mon propre toit pour pouvoir observer les étoiles filantes et faire des vœux. Pourquoi Nick refusait-il de me croire quand je lui expliquais qu’on voyait plus de comètes côté est ?

— On se retrouve après le coucher du soleil.

Je lui fis signe et nous poussâmes les portes de nos boutiques respectives.

— Salut, papa ! dis-je en courant vers mon père pour le serrer dans mes bras. 

— C’était moins une, hein, ma puce !

— Hé, je suis à l’heure, quand même.

— En effet. Tu sais quoi faire.

Je me dirigeai vers le fond de la boulangerie, où j’allais passer le reste de la journée à faire et à pétrir la pâte, puis à la couper en parts égales pour les petits pains et les baguettes avant de les laisser monter. Mon père s’occupait de la première fournée à quatre heures du matin, et je l’aidai pour celle de l’après-midi, avant que les clients n’affluent en rentrant du travail. Parce que voyez-vous, mon père n’était pas n’importe quel boulanger : c’était le meilleur boulanger au monde, et ses pains étaient réputés dans toute la Virginie-Occidentale. Les camions de livraison se bousculaient aux aurores pour pouvoir distribuer ses produits dans les plus grandes villes. Le parfum du pain frais qui se répandait en ville chaque jour suffisait à assurer la promotion de ces délices. Pendant les périodes scolaires, il embauchait Mme Gladstone, qui habitait près de la caserne des pompiers avec trois vaches et un taureau, pour que je me concentre sur mes devoirs et que je profite de mon enfance. Et comme j’entrais en quatrième, une année de transition, en septembre, je n’aurais sans doute pas beaucoup de temps pour travailler.

— Arrange-toi pour avoir de bonnes notes et une bonne éducation, pour pouvoir devenir quelqu’un, répétait-il souvent. C’est ce que ta mère aurait voulu.

Au bout d’une heure de travail, j’entendis la cloche de la porte sonner et je consultai l’horloge murale. Trop tôt pour les premiers clients. Dans une petite ville comme la nôtre, tout le monde savait où chacun était à tout moment. Voilà pourquoi j’aimais m’éclipser avec Nick les matins. Je me demandai qui venait d’entrer.

— Bonjour Walter.

C’était la voix de Marge, la mère de Nick, et je me demandai s’il viendrait avec elle, ce dont je doutais. Il était probablement accaparé par la décoration des gâteaux. 

— Bonjour Marge, qu’est-ce qu’il vous faut, aujourd’hui ?

— Une baguette, s’il vous plaît. 

D’aussi loin que je me souvienne, nos parents s’étaient toujours comportés bizarrement en présence l’un de l’autre. À moins que Mme Tuscan ait vidé quelques verres de vin, et mon père plusieurs canettes de bière, ces deux-là restaient toujours un peu guindés alors qu’ils se connaissaient depuis toujours.

J’entendis mon père encaisser sa monnaie, mais ils n’échangèrent pas un mot de plus. En jetant un coup d’œil par la petite vitre de la porte du fond, je vis Mme Tuscan sur la pointe des pieds, en train d’embrasser mon père sur la bouche.

— Oh mon Dieu ! soufflai-je avant de m’accroupir pour éviter qu’ils ne me voient.

Nick. Où était Nick ? Il fallait que je lui dise. Mais il était en train de travailler.

Qu’est-ce que ça voulait dire ? Depuis combien de temps ça durait, et pourquoi mon père ne m’en avait-il rien dit ? Bon, d’accord, ce genre de conversation aurait peut-être paru déplacé avec une fille de douze ans, mais j’étais presque une ado, et Nick aussi. Et de l’ado à l’adulte, il n’y a qu’un pas, non ?

Nick et moi étions nés le même jour. Nos mères avaient accouché à quelques minutes d’intervalle, m’octroyant le privilège de l’âge et de la sagesse sur Nick, que j’avais précédé de trois cent trente secondes exactement. Trois cent trente secondes, ça sonnait bien mieux que cinq minutes trente, et je me faisais une joie de le lui rappeler chaque fois qu’il prenait de grands airs de champion de ricochet.

Je retournai travailler en mettant de côté ce que je venais de voir, du moins pour le moment. Je décidai de ne pas en parler à mon père, qui s’occupait de la boulangerie avec un entrain renouvelé. 

Quand je passai de ma chambre à celle de Nick, ce soir-là, il avait déjà ouvert la porte de son balcon pour que j’entre. Peut-être que tout espoir d’en faire un gentleman n’était pas perdu ? J’escaladai l’échelle du toit et je déployai une couverture sur les tuiles. Peu incliné comme le nôtre, il offrait le point d’observation idéal pour contempler le firmament.

Je soupirai.

— Qu’est-ce qui se passe ? s’enquit Nick. T’es toujours vénère d’avoir perdu ? J’ai gagné à la loyale, et je ne faisais que te taquiner, tu sais.

— Non, c’est pas ça. 

— Ben quoi, alors ?

— T’étais au courant que mon père et ta mère en pinçaient l’un pour l’autre ?

— Hein ?

Je me retournai sur le ventre pour le regarder en face. Il avait les mêmes yeux que sa mère : d’un beau vert, ils vous attiraient de loin. Pour le moment, ils reflétaient les étoiles.

— Je les ai vus s’embrasser, aujourd’hui.

— Quoi ? Nos parents ?

— Ouais.

— C’est dégueu. 

— Pourquoi c’est dégueu ?

— Je sais pas, peut-être parce que c’est ton père. J’ai jamais pensé que ma mère pourrait se remettre avec quelqu’un d’autre. 

— J’ai jamais pensé que mon père se remettrait avec quelqu’un d’autre non plus, mais c’est peut-être une bonne chose. Il faut bien qu’ils aient quelqu’un à aimer, non ?

— Ils nous ont, nous.

— Arrête de dire des bêtises, Nick. Je parle d’amour, entre un homme et une femme. Oh mon Dieu, tu crois qu’ils vont se marier ?

— Mais pourquoi tu demandes ça ? C’était qu’un baiser. D’abord, ils faut qu’ils sortent ensemble, et tout. Et si ma mère veut se marier, il lui faut mon accord.

— T’es en train de dire que t’approuverais pas mon père ?

— Non, mais je suis l’homme de la maison, maintenant.

— T’as que douze ans.

— Bientôt treize.

— S’ils se marient, tu deviendras mon demi-frère. 

Je me retournai de nouveau sur le dos pour regarder les étoiles. Cette perspective ne me plaisait pas. Je préférais que nous restions amis, plutôt que demi-frère et demi-sœur.

— Jo, c’était qu’un baiser, enfin ! En plus, ma mère n’a pas encore oublié mon père.

— Nick, ça fait cinq ans.

— Je sais, mais des fois, je l’entends pleurer, la nuit.

— Peut-être qu’elle est trop malheureuse d’avoir une andouille de fils qui ne sait pas comment on traite les femmes.

— Jo ! Combien de fois il faudra que je te répète que t’es pas une femme ?

— Eh ben t’es pas un homme non plus.

— Mais je sais bien !

— Argh !

Je détestais ça, quand on se disputait. Depuis que le père de Nick était mort en service dans la Navy, il n’était plus le même. Son père me laissait le souvenir d’un homme courageux. Nous étions allés en voyage scolaire à New York, pendant le CP, et M. Tuscan avait maîtrisé un homme qui portait une veste pleine d’explosifs, là-bas. Plus tard, nous avions appris qu’il s’agissait d’un fanatique religieux. C’était à cause de cette expérience que j’adorais vivre dans une petite ville, qui ne débouchait sur rien du tout, bloquée par les montagnes d’un côté, par un lac de l’autre, et bordée de fermes à l’ouest. À moins de se perdre, personne ne venait jamais ici. Ce n’était même pas le genre de patelin qu’on traversait. 

M. Tuscan avait sauvé de nombreuses vies ce jour-là, y compris la mienne. Nous avions eu de la chance, et Nick était fier de son père, le héros. Il voulait devenir exactement comme lui. Je n’oublierais jamais le jour où un policier s’était présenté chez lui pour lui apprendre que son père était mort au service de son pays. Je l’avais regardé depuis la boulangerie. Nick changea radicalement après l’enterrement. Il ne parlait plus que de protéger sa famille, et en particulier sa mère.

— Je crois que nos parents ont besoin d’un changement. Ils ont besoin de quelque chose de bien dans leur vie.

— Je crois que ton cerveau fait encore ce truc de nana.

— Quel truc de nana ?

— Quand tu te fais des films sur les gars, les héros et les histoires qui finissent bien. Les histoires qui finissent bien, ça n’existe pas. Ma mère est toute seule, et ton père aussi. Ils ont perdu ceux qu’ils aimaient et ils ne les retrouveront jamais.

— Mais nous, on est heureux, non ?

— Ouais, mais on n’est que des gamins.

— Eh ben ils se sont quand même embrassés, alors il faut croire que ça les rendait heureux.

— Un baiser, ça ne veut rien dire du tout, Jo.

Je secouai la tête en soupirant. C’était bien un garçon, tiens…

— T’as déjà embrassé une fille ? demandai-je, en sachant bien que non : s’il l’avait fait, il m’en aurait parlé.

Et s’il s’était abstenu de m’en parler, je l’aurais appris par une des filles à l’école, d’autant que nous n’étions pas bien nombreuses. Huit dans notre classe, pour être exacte. 

— Pourquoi tu poses la question ? T’as déjà embrassé un garçon ?

— Non. Et je laisserai aucun garçon m’embrasser tant que je suis pas sûre qu’on est amoureux.

— C’est idiot.

— C’est toi, l’idiot. Ça ne sert à rien de s’embrasser, sinon. 

— Et si tu tombes amoureuse et qu’il est vraiment pas doué pour embrasser ?

Je n’y avais pas réfléchi sous cet angle.

— Il faudra que je lui apprenne comment faire, alors.

— Un homme à qui il faut qu’on apprenne comment embrasser n’est pas un homme.

— Depuis quand t’es un expert, toi ?

— J’en suis pas un. Mais c’est comme ça, c’est tout. Ça devrait être naturel. Mais pourquoi on parle de se lécher la pomme ? Nos parents sont assez vieux pour savoir ce qu’ils font, quand même.

Je l’espérais pour eux, parce que dans le domaine des sentiments, je me sentais de plus en plus remuée au fil des mois… en particulier quand j’évoquais le sujet avec Nick.

— Au fait, qu’est-ce que tu fais pour ton anniversaire ? demanda-t-il. C’est dans une semaine.

— Rien, j’imagine. T’as prévu quelque chose ce jour-là ?

— Nan. Tu veux qu’on le fête ensemble ?

Une question idiote : je ne me rappelais pas avoir jamais passé un anniversaire sans lui.

— Bien sûr. Hé, mate un peu celle-là ! C’est une comète ou un satellite ? demandai-je en désignant le ciel piqueté de points lumineux.

— Un satellite. C’est trop régulier pour une comète.

— J’aurais préféré qu’on regarde depuis mon toit. Je parie qu’on verrait plus d’étoiles filantes qu’ici.

— Eh bien peut-être que si tu apprends à faire de meilleurs ricochets, ça arrivera, me taquina-t-il. 

Je le détestais, quand il faisait ça. Peut-être que notre lien était davantage du genre fraternel qu’amical ?

J’écartai cette pensée, parce que je ne voulais pas de Nick comme frère. Il avait beau être une belle andouille, parfois, je le préférais comme ami.

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Lacey est une auteure de romance érotique et contemporaine avec une touche de suspense. Quand elle ne pense pas à écrire des histoires torrides, ce qui se présente rarement, Lacey aime le camping et skier avec sa famille (pas en même temps bien sûr). C’est une femme mariée, mère de deux enfants, qui se sert de son mari pour mettre à l’épreuve les scènes les plus intimes de ses romans – ce qui ne semble pas le gêner du tout.

Elle aime le rose sur les joues d’une femme, les hommes avec de grands pieds et la lingerie sexy, surtout quand elle est arrachée du corps. Son vêtement préféré est le costume de naissance.