Cicatrices Profondes 

La série des cicatrices, Tome 1

Il a besoin d’elle pour sauver une amie.

Elle a besoin de lui pour planifier sa vengeance.

Leur passé a créé de profondes cicatrices en eux.

Leur passion les distrait...

... et les distractions peuvent être fatales.

Tristan Cross lutte contre les démons émotionnels du passé. Il vit dans un monde où la confiance se gagne, les loyautés sont testées et l'amour est impossible. Enfin, jusqu'à ce qu'il rencontre Allie Green. Elle est la seule femme qui peut l'aider à retrouver une amie kidnappée, et pour couronner le tout, elle le captive. Tout ce qu'il a à faire maintenant, c'est de la persuader de travailler pour les Entreprises Cross, sa société d'investigation haut de gamme. 

Allie Green est une nouvelle recrue de la police en quête de vengeance, et elle est prête à vendre son âme afin de l’assouvir. Avec la possibilité d'utiliser les ressources de Tristan Cross, Allie raccourcit le temps qu'il lui faudra pour se venger. Alors que la vengeance bout dans son sang, elle ne peut pas se sortir son nouveau patron de la tête et trouve difficile de maintenir une attitude professionnelle. Avec l'appétissant Tristan Cross qui la distrait, elle se démène pour donner la priorité au travail d'infiltration qui lui a été assigné et à sa soif de vengeance. 

Et quand vous êtes prêt à donner votre vie pour sauver quelqu'un d'autre, les distractions peuvent être fatales.

Disponible à:

La série des cicatrices

Un avant-goût de Cicatrices profondes: 

Chapitre 1:

À l’instant même où il entra dans la pièce, mes jambes flageolèrent et je sus que j'avais des problèmes. Mais je ne savais pas qu'il allait complètement bouleverser ma vie.

— Putain, comment suis-je censée me concentrer maintenant ? 

Laura regardait l'entrée de l'auditorium, la bouche ouverte. Non, sa mère n'avait jamais lavé sa bouche avec du savon. Ni la mienne d'ailleurs, cependant je réservais mon langage coloré pour mon travail. Dans notre métier, nos expressions imagées s'avéraient parfois être la meilleure des armes. Nous n'étions pas des prostituées, si c'est là que votre esprit vous a conduit, mais je ne savais pas que j'allais bientôt abandonner mon travail en tant que flic pour arpenter le trottoir comme une prostituée expérimentée.

Mon regard suivit celui de ma meilleure amie. Le canon digne d'une couverture de GQ s'était avancé, vêtu d'un costume sur mesure. Ses pas calculés démontraient une totale confiance en lui. Il s'arrêta devant le bureau du sergent, croisa ses mains dans son dos et écarta légèrement les jambes en faisant face à la salle de conférence bien remplie. Pendant un moment, alors qu'il replaçait ses pieds, l'entrejambe de son pantalon toucha une courbe sous sa fermeture éclair. Je serrai mes genoux tandis qu'il se réajustait pour cacher ce qu'il y avait dessous.

Une vague de chaleur se répandit dans mon ventre.

— Voici M. Cross, des Entreprises Cross, dit le sergent Dwayne, l'instructeur chargé de nous expliquer les nouvelles procédures HR, avec un soupçon de tension habilement camouflée dans la voix. 

Il était rare de le voir tendu ainsi. Je me joignis au reste de l'équipe qui jetait un long regard à la poupée Ken grandeur nature alors que Cross commençait à lentement observer les premiers rangs.

— Si vous vivez à New York, il est peu probable que vous n'ayez jamais entendu parler de lui. La proposition sur votre bureau est pour un poste vacant dans son entreprise. C'est l'occasion de mettre vos compétences à l'épreuve, déclara Dwayne, semblant un peu plus détendu maintenant que l'attention de Cross se portait d'un agent à l'autre, observant tout le monde dans une parfaite ligne droite depuis la première rangée.

Il y eut des bruits de papiers froissés et les têtes de toutes les personnes présentes se baissèrent pour répondre au questionnaire.

Bien sûr que j'avais entendu parler des Entreprises Cross, l'agence de sécurité et de détectives privés la plus réputée, mais je m'étais toujours imaginé le propriétaire comme un homme dans la soixantaine avec des cheveux gris ou, du moins, portant un postiche. M. Cross s'était toujours tenu à l'écart des projecteurs. Peu de gens savaient à quoi il ressemblait, et à ma grande surprise, il arborait un physique presque impossible à atteindre. Je me demandais dans quel club il s'entraînait, mais il avait probablement un coach personnel qui s'occupait de tous les beaux muscles de son corps que le costume sur mesure tentait de contenir.

Le regard d'aigle de Cross atteignit la deuxième rangée et j'inspirai brusquement. La plupart des participants avaient déjà commencé à remplir le formulaire de demande d'emploi, mais quelque chose en lui me maintenait figée. Mon souffle se coinça dans mes poumons, puis se libéra en même temps qu'il expirait. Ses mouvements étaient mesurés. Une légère contraction pulsait sur le côté de son cou. Le costume ne pouvait pas être la tenue de son choix. Aussi à l'aise qu'il souhaitait paraître, il ne l'était pas. Ici, tout endimanché, Cross se démarquait comme une goutte de pétrole dans du lait blanc.

Il préfère se fondre dans la masse, pensai-je. 

Une chaleur inattendue traversa mon corps alors que je l'imaginais en short, peut-être en jean, avec un tee-shirt, et je sentis ma bouche s'incurver. Je commençai à le déshabiller dans ma tête, uniquement pour changer ses vêtements, bien sûr : cela me paraissait plus correct que de le mettre complètement nu afin que mes yeux se régalent. Les joues de Cross étaient naturellement hâlées, et si l'été était fini depuis quelques semaines, la couche fraîche du baiser du soleil lui allait parfaitement bien. Le soupçon de lumière dans ses cheveux accentuait sa peau bronzée. Pendant un moment, j'eus l'impression de l'avoir déjà vu auparavant. Ou peut-être était-ce quelqu'un qui lui ressemblait ? Je me serais certainement souvenue de cet homme.

Seigneur, qu’il est sexy !

Cross observa le dernier agent de la rangée et recommença sa routine sur la rangée supérieure, scrutant maintenant les gens de gauche à droite. Mon estomac se contracta et mes paumes commencèrent à transpirer. Je suivis son regard qui ne s'attardait sur personne jusqu'à ce qu'il atteigne une autre rangée. Qui recherchait-il ?

— Tu ne vas pas poser ta candidature ? me demanda Laura, ma colocataire et meilleure amie en me poussant du coude. Je doute qu'il y ait ici une seule femme qui ne voudrait pas travailler sous ses ordres.

J'étais étonnée que les autres femmes de notre unité aient toutes la tête baissée au lieu de rester bouche bée comme moi, mais il faut dire qu'elles étaient très concentrées sur leur travail. Pas que je ne l'étais pas. J'aurais dû être en train de remplir cette candidature moi aussi, mais mes yeux prenaient le pouvoir sur mon corps à ce moment-là, comme le faisait également Cross.

Bien qu'un emploi chez Cross Entreprise pourrait m'aider à laisser mon passé derrière moi, j'hésitai. Pouvais-je vraiment travailler pour Cross, quand toute volonté de contrôler mes yeux m'abandonnait à la minute où il entrait dans la pièce ? Cela ne faisait pas partie de mon plan de carrière. Je n'avais pas prévu d'être décontenancée par lui, et je ne pouvais me permettre aucune distraction. De plus, Cross ne me semblait pas être du genre à s'occuper des candidatures. Le propriétaire de l'agence d'investigations la plus cotée du pays qui n'avait jamais embauché quelqu'un de façon aussi publique devait avoir des gens payés pour faire ça, non ? Pourquoi était-il ici ?

— Je ne sais pas, chuchotai-je, et Laura reprit son gribouillage rapide. 

Qui, en possession de toutes ses facultés, pourrait détourner son attention de l'un des hommes les plus puissants de notre état – peut-être même du pays ? Et pour couronner le tout, Cross était un régal pour les yeux.

Je me demandais s'il était à la recherche d'une femme pour le poste. Mon ventre bouillonna en signe d'accord, à moins que ce ne fût à cause des sushis que j'avais mangé pour le déjeuner. Quelle qu’en soit la raison, mon ventre avait souvent raison et je suivais toujours l'instinct qui choisissait de se manifester par les ballonnements de mon estomac. Mais ses yeux sombres ne trahissaient rien. Les trois quarts de l'assemblée étaient des hommes, bavant tous devant l'occasion de travailler avec Cross. Si je devais faire un pari, je dirais qu'ils étaient plus intéressés par les avantages que leur procureraient cet emploi. Des rumeurs de voyages autour du monde et de restaurants les plus exclusifs avec de belles femmes aux bras des frères Cross se propageaient chaque jour en ville. Ils faisaient partie des rares personnes qui pouvaient complètement bloquer une rue sans avoir besoin de se justifier. Je souhaitai avoir fait plus attention aux rumeurs. Peut-être qu'un rapide coup d'œil sur les tabloïds m'aurait mieux préparée.

Pourtant, au lieu d'écrire, je le fixais.

Une autre rangée et il m'atteindrait. Mon stylo glissa dans ma paume alors que je resserrai mon emprise. Sa respiration régulière soulevait sa poitrine et je commençai à perdre le contrôle de mon pouls. Qu'y avait-il chez lui qui me captivait autant ? Même s'il était la réponse à mes problèmes, quelque chose à son sujet touchait un point sensible tout au fond de moi. Des cicatrices familières du passé décoraient son visage de la même façon qu’elles marquaient mon cœur.

Son regard atteignit ma rangée. Il scruta le dessus de chaque tête, l’une après l’autre.

Trois, deux, un, décomptai-je tandis que ses yeux noisette se posaient sur les miens.

Et il s'arrêta.

Pas pour longtemps.

Mais il brisa son rythme et soutint mon regard. Je penchai la tête vers la droite en me demandant ce qu'il pensait. Pourquoi s'arrêter sur moi ?

Pour quel poste cherchez-vous à recruter ? Mais lorsqu’il me regarda, les questions importantes que je voulais poser m’échappèrent. Cet homme avait une façon de s'infiltrer profondément dans mon âme et de couvrir chaque plaie avec un pansement permanent. Comme s'il savait que j'avais besoin de son aide.

Chapitre 2

— Les Entreprises Cross ne sont pas assez bien pour vous ?

La voix sensuelle m'épingla sur mon siège et je fermai les yeux.

Merde ! Je rejetai la tête en arrière, avalant mon troisième verre de tequila. Était-ce seulement ce matin que Cross était venu à notre QG ? J'avais besoin de plus de temps pour réfléchir. Je devais faire en sorte que ma mère soit en sécurité avant que je postule pour tout nouveau poste.

— Pourquoi dites-vous cela ?

Je pivotai sur le tabouret. Dans ma tête, deux questions tourbillonnaient en continu, comment m'avait-il trouvée et pourquoi. Le 'comment' n'était pas si difficile à deviner. S'il voulait trouver un chauffeur de taxi honnête dans Manhattan, il le ferait.

— J'espère que vous ne conduisez pas. 

Il s'assit à côté de moi, débarrassé de son costume sur mesure ennuyeux. Comme je l'avais imaginé, Cross portait maintenant un tee-shirt blanc et un jean noir. Une veste en cuir complétait la tenue 'Je suis un gars normal', mélangeant son style décontracté avec un peu de 'Grease'.

— Et vous vous en souciez parce que... ?

La bravade coula sur le souffle de mon premier verre de tequila qui avait déjà envahi mon sang.

— Parce que je vais prendre la route plus tard, et que je ne voudrais pas être une de vos victimes. 

La façon dont il dit ‘victime’ insinuait une faim plus profonde qui contracta mes cuisses.

— Non, j’appellerai un taxi.  

J’avais cédé. Je ne cédais jamais pour personne aussi facilement. 

— Est-ce que vous avalez toujours vos shots en une seule gorgée ? demanda Cross en se penchant plus près. 

Il semblait avoir l’habitude de poser des questions à double sens. Sa bouche disait quelque chose, mais son ton et son corps insinuaient quelque chose d’autre. Une faim que je voulais découvrir ; de préférence dans son lit. 

Je fronçai les sourcils en essayant de jouer à son petit jeu.

— Oui, j’avale toujours en une seule fois. 

Il cacha la lueur amusée qui brilla dans ses yeux. 

— Vous n’avez pas posé votre candidature pour le poste. 

Je me mordis la lèvre. J'avais vu les hommes bien réagir à ce geste auparavant, et j'avais besoin que Cross soit de mon côté. 

— Je préfère une approche plus directe.

Il toussa dans son poing avant de se racler la gorge. Un sourire séduisant étira son visage. Même si je ne voulais pas divulguer mon besoin de m'infiltrer dans les Entreprises Cross, il me tirait les réponses du nez comme un pro. Personne n'avait jamais fait ça auparavant. À cet instant précis, il était le chat et j'étais la souris. Du moins, c'était ce que je devais lui faire croire. Et maintenant qu'il était si proche, cette cicatrice blanche légèrement décentrée sur sa lèvre supérieure ajoutait à l'aura de danger qu'il dégageait. Je me demandai qui l'avait béni de ce trait si sexy. Était-ce la morsure d'une petite amie ? Je ne pensais pas qu'il laisserait une femme le mordre avec tant de force. Non, ce devait être au cours d'un combat. Et s'il était dans ces bêtises perverses, alors il n'était pas mon genre. Seigneur, à quoi est-ce que je pensais ? Depuis quand était-il devenu plus qu'un employeur potentiel ?

Depuis le moment où il avait pénétré dans la pièce.

— Vous m'intriguez.

Il est assis à côté de moi avec autant de désinvolture que si nous nous connaissions depuis des années. Quand il pivota sur son tabouret, son genou effleura ma cuisse. Même à travers mon jean, l'endroit touché me donna l'impression d'avoir été brûlé. Ou peut-être que j'avais bu un verre de trop.

Prenant une profonde inspiration, je poursuivis. 

— Vous vous occupez des entretiens d'embauche de tous vos futurs collaborateurs, n'est-ce pas ? demandai-je.

— Certes, mais comment voulez-vous obtenir un entretien si vous ne postulez pas ?

— Je suppose que vous allez simplement devoir attendre et voir.

Je tapai des doigts sur le comptoir et Mike, le barman, reconnut mon signe pour 'un autre, s'il vous plaît'. Je savais que je gagnais du temps. Je n'étais pas prête à lui donner les réponses qu'il cherchait. Comment pourrais-je lui dire que la seule raison pour laquelle je m'intéressais aux Entreprises Cross était afin de tuer quelqu'un et couvrir mes traces ? C'était le seul moyen pour que ma mère soit en sécurité. Et avant même de postuler, je devais m'assurer qu'il ne l'avait pas encore trouvée. Sinon, nous serions toutes les deux en cavale et Cross serait laissé loin derrière. Cette pensée me serra le cœur.

— Est-ce que vous me suivez ? demandai-je. 

— Le fait que je me retrouve dans le même bar que vous ne signifie pas que je vous ai suivie.   

Bien sûr !

Mais son ton avait changé ; son visage s'adoucit et ses épaules se détendirent. Il se pencha en avant et un peu sur le côté. En ce moment, Cross n'était plus un employeur potentiel, mais un homme à l'affût d'un bon moment. Mon instinct ne s'était pas trompé sur lui après tout.

— Et je ne crois pas aux coïncidences.

J'avalai mon verre sans lécher le sel cette fois-ci, et suçai le citron dans ma bouche.

Il regarda chacun de mes mouvements. Mes efforts pour paraître indifférente allaient bientôt me lâcher, surtout maintenant que j'avais bu. Je ne pouvais pas laisser Cross savoir que j'avais besoin de lui plus que de l'air que je respirais. Cela ne sortirait pas comme il fallait, et il se méprendrait sur ma motivation, me prenant pour une autre de ces femmes obsédées qui cherchent à se jeter à son riche cou et ses poches pleines d'argent. Bien que cela ne me dérangerait pas s'il me jetait dans son lit, ou sur le sol, ou juste là, sur le bar. La poussée rapide de ses hanches parfaitement étroites devait susciter un délicieux picotement ou deux. Et depuis quand la fossette au menton d'un homme le rendait-il si attirant ?

Je mis le petit verre de côté et sans prévenir, Cross leva la main et passa son pouce sur ma bouche, essuyant une goutte perdue. Il suça son doigt tout en me gratifiant de toute son attention. Les lèvres plissées me poussaient à vouloir les embrasser et les mordre, et il me fallut toute ma volonté pour ne pas me jeter contre lui.

Putain de merde ! Oui, même si je ne m'autorisais à jurer à haute voix que dans des occasions spéciales, mon esprit n'avait pas autant de retenue. Tout en moi se contracta et libéra des palpitations urgentes, le tout se concentrant en dessous de ma ceinture. Le regard brûlant s'attarda sur ma bouche pendant quelques secondes avant de glisser sur mon menton vers la vallée entre mes seins, où ses yeux erraient maintenant.

— Il y a de meilleurs endroits pour boire qu'ici.

Il sortit son téléphone portable et appuya sur un bouton.

Je repoussai la brûlure alléchante en secouant mon corps pendant qu’il ne regardait pas.

— Parlez-vous de votre club, 'Kissed' ? 

Je tapai à nouveau le comptoir des doigts.

Cross se tourna vers Mike, qui déposa devant lui un shot identique au mien. Il n'avait même pas tapé sur le comptoir et cela m'intrigua. Comment avait-il fait cela ?

— Non, mais je vois que vous vous êtes renseignée.

— Je suis simplement bonne dans tout ce que je fais.

Exactement, je peux jouer à ce petit jeu aussi bien que vous, Cross

Derrière les yeux noisette, Cross semblait lutter. Je pouvais sentir qu'il voulait continuer la conversation à double sens, mais quelque chose ou quelqu'un attirait son attention loin de moi et loin de la raison pour laquelle il était venu ici : pour voir si je postulerais à son offre d'emploi. 

— Je viens ici depuis des années. Ce n'est pas aussi mal que vous semblez le penser, dis-je afin de briser la tension qui s'était installée.

— Pour l’instant, la compagnie y est plus qu’agréable.

Vient-il juste de flirter avec moi ?

Il retira sa veste. L'odeur du cuir mélangé à l'herbe fraîchement coupée ainsi qu'un soupçon de scotch flotta autour de moi. Je l'imaginai dans les champs, en train de tondre les acres de terre autour de son manoir avant de s'asseoir près d'une cheminée avec un single malt dans la main. La partie d'un tatouage d'épines sur son bras gauche dépassait de sa manche courte. Quelques taches d'encre rouge sang brillaient aux endroits où les épines semblaient percer sa peau.

Soudain, mon plan d'utiliser les Entreprises Cross pour mon propre gain commença à tomber en morceaux. Cross était trop sexy pour son propre bien. Je ne pouvais pas laisser ses regards de Dieu vivant et sa bouche charmante faire dérailler mes plans. Il n'y avait qu'une seule façon à laquelle je pouvais penser pour soulager la tension sexuelle entre nous. Et cela devait arriver avant qu'il m'embauche.

— Pourquoi m'avez-vous suivie ? demandai-je à nouveau.

— Parce que vous n'avez pas postulé, et vous semblez être quelqu'un qui correspond parfaitement au poste que je propose. 

— Et quel est ce poste exactement ? L'offre d'emploi spécifie seulement que les détails seront divulgués après l'entretien.

— Ceci est entre nous, répondit-il alors que ses sourcils se haussaient. Je suis à la recherche d'une prostituée.

Je toussai jusqu'à ce que mes poumons soient sur le point d'être recrachés. Était-il sérieux, ou avais-je trop bu ? Je couvris ma bouche, la forçant à se fermer. Ma respiration s'interrompit un instant. S'il n'y avait pas eu autant d'alcool dans mes veines, je l'aurais frappé. Pourtant, quelque chose de profondément enfoui à l'intérieur de moi s'agita et réchauffa mon sang aux pensées qui me traversaient la tête – de moi dans le rôle d'une prostituée dans son lit. Ma peau me démangea, me suppliant d'entrer en contact avec la sienne.

Ressaisis-toi, Allie !

Je savais qu’il essayait de me piéger afin que je lui demande des détails, mais j’étais déterminée à ne pas me faire avoir. Je les découvrirais moi-même, en temps voulu. 

— Vous avez le sens de la formule, M. Cross. 

Le liquide dans mon système commença à suinter des pores de ma peau alors que je me sentais vaciller sur le tabouret. 

— Je pensais que votre société s'occupait plus de sécurité et de protection.

— Notre entreprise s'occupe de tout, de la mise en place de gardes du corps aux systèmes de surveillance et aux emplois d'infiltration. La plupart de nos activités sont classées 'secret', puisque nous avons des contrats avec le gouvernement et une clientèle haut placée. La sécurité et la surveillance sont la division de mon partenaire. Je gère les emplois d'infiltration : cela va d'exposer les maris infidèles à l'infiltration d'organismes gouvernementaux corrompus. Jamais vous ne nous verrez ni n'entendrez parler de nous, mais nous sommes toujours présents. 

Il était sans risque de supposer qu'il avait besoin qu'une femme se fasse passer pour une prostituée alors. Cherchait-il à coincer un proxénète ? La pièce tangua et mes pensées disparurent aussi vite qu'elles étaient apparues.

Il me regarda attentivement avant d'engloutir la tequila, et à ce moment-là, je souhaitai n'avoir pas bu autant. Ce qu'il avait décrit était non seulement un boulot de rêve, mais il disposait également les ressources dont j'avais besoin. Je secouai la tête, voulant m'éclaircir les idées, mais c'était une chose impossible à faire en sa compagnie.

Pourtant, je tapai à nouveau le comptoir des doigts.

Depuis qu'il était entré dans l'auditorium, je n'avais jamais considéré cet homme comme un employeur potentiel, ce qu'il pourrait être bientôt. Au début, Cross n'était qu'un moyen pour moi de pouvoir assouvir ma vengeance. Quel gaspillage d'être liée professionnellement à un corps si parfaitement proportionné, mais je ne pouvais pas me permettre qu'il soit quelque chose de plus. Pourquoi cet homme charmant était-il Cross ? Pourquoi ne pouvait-il pas être un étranger que j'aurais rencontré dans un bar et qui m'aurait coupé le souffle ?

Je rejetai la tête en arrière, ne me souciant plus de sucer le citron.

L'alcool fit son chemin dans ma tête à la vitesse de l'éclair. Je sortis mon portefeuille, mais Cross posa doucement sa main sur la mienne. Le geste, si innocent, mais pourtant calculé, comme s'il avait attendu de me toucher toute la nuit, concentra tous ses capteurs érotiques dans sa paume, spécifiquement pour ce moment unique. Dès l'instant où il couvrit ma main, sa chaleur se propagea à travers mon corps dans des vagues hormonales.

Mes mamelons étaient douloureux et je me sentais comme une barre de chocolat laissée dehors sous le soleil.

— Mets-le sur mon ardoise, Mike, dit-il au barman, sans se détourner de moi. 

— Oui, M. Cross.

Il est déjà venu ici.

Il n’était pas venu pour moi, après tout. Était-ce que j’aurais voulu ? Je maudis la tequila dans mes veines qui embrumait mon esprit. Mon seul intérêt devait être pour ce travail, pas pour lui.  De tous les hommes qui m’avaient draguée, il était celui avec qui je ne pouvais pas donner suite. Pourquoi fallait-il qu’il soit si séduisant ? 

Avec sa main recouvrant toujours la mienne, il dit : 

— Cela a été intéressant, Mme... ?

Je doutais qu'il ne sache pas mon nom, mais je me prêtai au jeu. 

— Agent Green.

— Ravi de vous rencontrer, Allie.

Mon cœur se mit à battre la chamade. Cross devait déjà avoir fait une vérification d'antécédents sur moi. Merde ! Était-ce une vérification approfondie ? Probablement. Il connaissait peut-être mon histoire, mais j'étais certaine qu'il n'en connaissait pas la totalité. Certaines choses n'étaient pas écrites, bien cachées pour protéger les autres.

— Tout le plaisir est pour moi, Tristan.

J'espérai que ma supposition sur le prénom d'un des deux frères Cross était correcte.

— Déjà à appeler par son prénom un employeur potentiel ? 

Il sourit à nouveau. Et c'était encore plus sexy que le tatouage. J'aimais la façon dont une fossette se formait sur son menton et la petite cicatrice sur sa lèvre se soulevait. Une expression innocente décorait son visage, comme si tous les soucis avaient quitté son esprit et qu'il était un homme simple, sans complication. Tristan Cross n'était pas celui que j'avais cru.

— Ce n'est pas un entretien d'embauche, n'est-ce pas ?

— Non. Mais je suis impatient de voir comment vous réagirez durant cet entretien.

— Je peux vous garantir que sera l'un de ceux que vous ne serez pas près d'oublier.

— Je n'en doute pas, Allie.

La façon dont il prononça mon prénom me fit à nouveau serrer les jambes. J'étais certaine qu'il pourrait rendre les mots 'bouse de vache' et 'vomi' sensuels. Et j'espérais n'en entendre aucun des deux ce soir. Et pourquoi la pièce tournait-elle de plus en plus vite ?

Maudit sois-tu, tequila !

— Puis-je vous raccompagner chez vous ?

Il regarda par la fenêtre pendant un moment où une Bentley noire était garée devant le bar. 

— Merci, mais je ne veux pas de traitement spécial.

— C'est simplement l'offre de quelqu'un avec qui vous avez bu un verre, Allie. Pas celle d'un employeur. 

Je me penchai plus près de lui et posai mes mains sur ses genoux. Le courage devait flotter sur une grande mer d'alcool. Ma joue effleura la sienne alors que je chuchotai à son oreille. 

— Je ne rentre pas avec des étrangers. Ils attendent généralement quelque chose en retour. 

Cross couvrit mes deux mains avec les siennes, les pressant sur ses genoux. Son souffle chaud effleura ma joue avant que sa lèvre atteigne mon oreille, en chatouillant légèrement le lobe alors qu'il murmurait :

— Alors, je vais rapidement faire en sorte que nous ne soyons plus des étrangers, Allie. Cependant, je me dois d'insister afin que mon employée potentielle arrive à son appartement en toute sécurité. 

Il se recula, laissant ses lèvres s'attarder à quelques millimètres des miennes. Seigneur, il sentait si bon !

Foutue tequila.

Très bien, murmurai-je en regrettant que ma force féminine m’ait été dérobée. Apparaître faible était la dernière chose que je voulais ce soir. Cross était venu au bar à un moment inopportun, quand j'étais au plus bas de ma forme. Vous voyez, cela faisait un moment que ma mère avait déménagé. Quand tout se calmait tellement que je baissais ma garde et pensais qu'elle était en sécurité, je savais qu'il était presque temps de lui trouver un nouvel endroit pour vivre. C'était le calme avant la tempête. Je pouvais rester à New York ; l'appartement était loué au nom de Laura, donc mon identité était quelque peu protégée. Nous travaillions généralement à des horaires opposés, et à part quelquefois au commissariat, nous ne nous croisions pratiquement jamais. Cela faisait plus d'un an que nous étions sorties de l'académie et prêtes à affronter le monde cruel de la criminalité. 

Je sautai du tabouret. Le basculement de mon corps s'accorda un peu trop à la gravité. Cross m'attrapa sous le coude. Le geste était trop attentionné, même pour lui.

Non, je ne peux pas laisser ça se produire. Je ne peux pas le laisser être plus qu’un employeur.

Mais le petit diable sur mon épaule gauche éclata de rire, des flammes jaillissant de ses oreilles. Il savait que j’avais déjà étendu les draps de soie pour nous en enfer. C’est de ta faute ! Je tournai la tête sur la gauche, fronçant les sourcils en direction de la créature invisible.

Seigneur, je dois vraiment être saoule !  

— J’espère que vous ne buvez pas en service.   

Cross me guida vers la sortie, et j’accueillis avec plaisir l’air frais d’automne. Il y avait un soupçon de givre ce qui dégrisa mes poumons lorsque je pris une inspiration.    

Le tonnerre résonna, faisant trembler le sol sous mes pieds. Le flash d’un éclair au loin illumina le ciel ainsi que la silhouette des gratte-ciels de Manhattan. 

— Vous devriez savoir que dans notre travail, cela dépend de notre affectation, répondis-je. 

— Je suppose que vous avez raison. Alors je vais devoir vous apprendre quelques trucs pour éviter de boire trop de shots.

— Et qu’est-ce qui vous fait penser que je ne les connais pas déjà ? 

Ses sourcils se haussèrent tandis qu’il ouvrait la portière du siège passager de sa Bentley. 

— C’est vrai. Je laisse les questions de l’entretien pour demain alors ?

— Je vous assure que je fais preuve de beaucoup d’esprit quand je suis sobre. 

Je ris, ressentant une autre vague de courage qui me poussa plus près de Cross.

Cela ne sembla pas le déranger et il enroula un bras autour de ma taille. 

— Je n’en doute pas, dit-il en appuyant sa paume sur ma hanche. 

Pourquoi Cross paraissait-il être un homme normal à qui je plaisais visiblement ? Avais-je le même effet sur lui qu'il avait sur moi ?

— En général, je ne mélange pas les affaires avec le plaisir, mais vous devez savoir que cette position est... unique.

— Autrement dit, vous voulez que la profession de 'prostituée' soit prise au sérieux.

— Très sérieusement. Au-delà de tout ce à quoi vous pourriez vous attendre, ce qui signifie jouer le rôle comme si vous étiez en lice pour un Oscar.

Je m'approchai plus près jusqu'à ce que son souffle acidulé se mêle au mien, et je le frôlai, sentant sa courbe séduisante contre mon ventre. Ses yeux se voilèrent alors que ses deux mains maintenaient mes hanches en place. Lorsqu'il inspira, sa poitrine sculptée toucha mes seins et je me pressai contre lui en demandant : 

— Comment je m'en tire jusqu'ici ? 

— Pas mal, mais vous oubliez que ce n'est pas un entretien.

Bien sûr que ce n'en était pas un. C'était moi ; moi et la tequila. Mon corps me faisait mal dans tous les bons endroits, prêt à être touché et caressé par ses mains manucurées. Mais il ne m'embaucherait pas si je poussais trop loin.

Reste concentrée, Allie !

— Je vous garantis que je n’ai pas oublié. Bon, allez-vous me reconduire chez moi ou pas ?

Ses sourcils se froncèrent alors qu’il me faisait signe d’entrer dans la voiture. Avais-je dit quelque chose de mal ? S’attendait-il à ce que je saute dans son lit ce soir ? Non, ce n’était pas son genre. Il ne me toucherait pas alors que j’étais saoule. Mais je savais que je l’aurais en train de glisser entre mes jambes plus tôt qu’il le pensait – avant qu’il ne m’embauche.  

Je ne peux pas !

Bien sûr que tu peux, dit le diablotin en souriant et en agitant ses mains. Dis-toi bien que c’est un fait accompli. 

Des frissons me parcoururent le corps et je me promis de compter le nombre de shots que j'ingurgiterais la prochaine fois.

Si je ne me détachais pas de mes sentiments, je succomberais au charme de Cross. Quelle femme ne le ferait pas ? Et cela, je ne pouvais pas me le permettre.

Au cours du trajet silencieux vers mon appartement, ma vision devint floue. Le tourbillon dans ma tête noya le passé, le présent et l'avenir. Consciente de l'intérieur immaculé de la voiture, mon seul objectif était de retenir le contenu de mon dîner dans mon estomac et d'empêcher le monde de tourbillonner. À aucun moment, Cross ne m'avait demandé mon adresse, ce qui ne me surprit pas. Des excuses planaient sur le bout de ma langue pour avoir été présomptueuse et avoir beaucoup trop bu, mais je n'arrivais pas à sortir les mots. Tout déborderait si j'ouvrais la bouche.

Il se gara en face de mon appartement et fit le tour de la voiture pour ouvrir ma portière avant que j'ai la présence d'esprit de sortir. Je maudis mentalement une nouvelle fois la tequila.

— Bonne nuit, Allie.

Tristan se pencha et m'embrassa sur la joue. Le geste était trop affectueux pour un employeur. Mais là encore, il ne l’était pas encore. Combien je souhaitais être sobre ! Je voulais le charmer et lui montrer la femme que j'étais sous la couche protectrice de l'alcool.

Mon souffle se figea alors qu'il touchait le bas de mon dos, me dirigeant vers les marches. 

— J'espère vous voir bientôt.

Bientôt n'est pas assez tôt, pensais-je. 

— Bonne nuit, M. Cross.

J'entrai et il ferma la porte derrière moi. Avec une profonde inspiration, j'y appuyai mon dos. Les premières gouttes de pluie se mirent à tomber, frappant le toit comme des balles de golf. 

Je restai là pendant quelques minutes, mais j'avais l'impression que des heures s'étaient écoulées. Ma main toucha ma joue où le baiser de Cross s'était attardé, tandis que je me demandais comment diable j'allais pouvoir travailler aussi près de Tristan sans trop me rapprocher et risquer ma carrière – ou pire, mettre en péril la sécurité de ma mère.

Chapitre 3

Cela faisait deux jours que Cross m'avait raccompagnée chez moi, et je n'aurais pas pu être plus heureuse d'avoir l'équivalent d'une semaine de vacances afin de me reprendre. Laura faisait des heures supplémentaires au travail, alors elle ne rentrait que pour dormir et changer de vêtements. Les deux jours qu'il m'avait fallu pour me remettre de ma gueule de bois m'avaient laissée confinée dans mon appartement. Quand le lundi matin arriva, j'en avais marre de boire la mixture de ma mère à base de jus de tomate et je sortis du lit pour ouvrir les rideaux. Le soleil de midi était haut dans le ciel. Je regrettai d’avoir perdu tout un week-end, mais la tequila avait emporté la douleur. Elle avait noyé le passé qui guidait ma vie, et pour un moment au moins, j'avais pu faire semblant d'être normale et heureuse, et me perdre devant la fossette hypnotisante de Cross.

Le petit déjeuner avait meilleur goût que je l'aurais cru, et la force revint lentement dans mes membres. Avec l'ordinateur portable sur la table de la cuisine, je recherchai Tristan Cross sur Google. Les quelques photos que je trouvais étaient visiblement des photos de publicité de Cross en costume – mal à l'aise et hors de son élément. Une partie de moi voulait me précipiter dans le centre-ville et traverser le pont George Washington afin de le supplier de m'engager sur-le-champ. Il l'aurait probablement fait, mais cela n'était pas mon genre. J'avais un peu de travail à faire avant de postuler, à mes propres conditions. 

Je pris un autre Eggo et un milk-shake vitaminé vert. La gaufre était un rituel d'enfance. Sans sirop ou beurre de cacahuète, c'était fade, mais cela me rappelait ce qui devait être fait. Chaque matin, le stupide Eggo recentrait mes objectifs. Son odeur ravivait les souvenirs de ce jour-là, treize ans auparavant, lorsqu'il avait détruit notre petite famille.

Ma mère faisait la vaisselle dans l'évier en fredonnant doucement. Je me sentais coupable de ne pas l'avoir aidée à nettoyer la cuisine, mais elle avait insisté afin que je ne sois pas en retard pour l'école. Elle faisait toujours des gaufres maison, ce qui signifiait beaucoup plus de choses à nettoyer. Je ne voulais pas qu’elle soit en retard pour la messe du matin, mais je ne pouvais pas résister à l’envie de la regarder lorsqu’elle pensait que je n’étais plus là. J’étais partie, mais j’étais revenue pour prendre un livre que j’avais oublié. Je m’appuyai contre l’embrasure de la porte, appréciant la paix que ma mère avait trouvée. Ses hanches se balançaient tandis qu’elle se déplaçait dans la cuisine, sa bosse de sept mois pointant devant elle. Je ne l’interrompis pas. Je ne voulais pas qu’elle s’inquiète que je sois en retard pour l’école, parce que je savais que je pouvais courir suffisamment vite pour y arriver à temps. Pourtant, elle s’inquièterait si je disais quoi que ce soit, alors je me contentai de la regarder dans un de ses rares moments de bonheur. Ma mère n’avait pas besoin d’un fardeau supplémentaire. Pas maintenant. Elle affichait un visage courageux pour moi tous les jours, mais je pouvais voir la douleur dans ses yeux et sur les lignes sans cesse croissantes en dessous. Ce n’étaient pas des rides ; c’était un sentier d’inquiétude, de fines ridules qui grossissaient alors qu’elle luttait pour élever une fille et en portait une autre jusqu’à son terme. 

Une ombre passa devant la fenêtre de la cuisine et je retins ma respiration. Mon estomac gargouilla et la chair de poule recouvrit mes bras. Je ne connaissais encore rien au sujet de ‘l’instinct’ à ce moment-là, mais j’aurais souhaité le savoir. Le coup sur la porte arrière résonna avec insistance. Ma mère s’essuya les mains sur son tablier, fronça les sourcils, et se dirigea vers l’ouverture qui donnait sur le jardin.

— Bonjour Dave. Qu’est-ce qui t’amène ce matin ?

Millie, notre Labrador chocolat, aboyait à l’extérieur. 

M. Wright était le chef de la police de la ville. Tout le monde le connaissait comme l'homme de premier plan, capable de calmer des centaines de personnes à la fois avec sa voix profonde à la mairie. Respecté par tous, il aidait ma mère à vendre des outils de papa dans le garage. Nous avions vendu beaucoup de choses ces derniers mois. L'argent serait utile lorsque ma sœur viendrait au monde. Pourtant, je ne l'aimais pas. M. Wright était méchant avec les enfants de la ville. Il hurlait quand nous traversions une pelouse au lieu d'utiliser le trottoir. Son haleine puait toujours les cigarettes roulées. Et sa maison était toujours la plus effrayante pour Halloween. D'ailleurs, j'avais toujours pensé que cet homme ressentait quelque chose pour ma mère, mais il n'avait pas osé faire un geste alors que mon père était en vie. La façon dont il la regardait quand mon père ne regardait pas ne pouvait pas être une coïncidence – comme s’il voulait l'attraper et s'enfuir. Je ne comprenais pas à l'époque, mais je me souvenais bien trop clairement de cette expression.

Mon père et M. Wright avaient été les meilleurs amis depuis le lycée, et c'était pourquoi nous avions confiance en lui. Ce matin-là, cependant, une ombre lasse assombrissait son visage. Son cou se tendit alors qu'il serrait ses poings, les bras ballants sur les côtés de ses hanches. Quelque chose clochait, je pouvais le voir, et j'aplatis mon dos contre le mur dans le couloir. Je me promis de m'assurer qu'il parte. Je n'aimais pas qu'il soit seul avec ma mère. Pas aujourd'hui, ni aucun autre jour.

Il ferma la porte derrière lui, et le clic de la serrure envoya des frissons le long de ma colonne vertébrale. Je me baissai au sol, m'allongeant, et jetai un œil d'en bas, là où ils ne s'attendraient pas à me voir au cas où ils se tourneraient. Il retroussa horriblement lentement ses manches, puis s'approcha de ma mère et se pencha pour l'embrasser sur la joue – un geste qui n'était pas rare en ville. Elle recula, mais l'îlot de la cuisine la bloqua. Et ce n'était pas le genre de baiser pour se saluer, une fois sur chaque joue, que tout le monde utilisait. Ses lèvres s'étirèrent et ses mains attrapèrent la taille de ma mère tandis qu'il s'attardait sur le baiser. J'imaginai la salive collante laissée sur sa peau. Dégoûtant !

— J'attends de la visite, Dave.

Le ton de ma mère contenait un soupçon d'avertissement et je me levai lentement avant de faire un pas en arrière comme si j'étais elle, ayant besoin de me distancer de cet homme.

— Qui ? demanda-t-il.

— Barb se joint à moi pour le petit déjeuner, mentit-elle. 

Je savais que ma mère était pressée de se rendre à la messe du matin. Je ne comprenais pas pourquoi elle ressentait le besoin de s'expliquer à l'époque ; pas jusqu'à ce que je sois un peu plus âgée, du moins. Sa diversion ne sembla pas décontenancer Wright.

J'ouvris la porte de rangement sous l'escalier avec prudence, plus lentement que jamais, en m'assurant qu'aucun bruit ne s'échappe, et je me cachai là. Les fissures entre les planches de bois étaient assez grandes pour révéler la moitié de la cuisine. Ma mère et Wright étaient encore hors de vue, mais je pouvais tout entendre. Et j'aurais préféré ne pas pouvoir, parce que les cris et les supplications de la voix de ma mère allaient me hanter pour le reste de ma vie. 

— Tu vois, Peg, je viens de voir Barb aller à l'église pour la messe du matin. Il lui faudra au moins une heure avant d'en sortir. Tu connais le Père Fray et ses longs sermons, n'est-ce pas ?

— Peut-être que tu devrais lui rendre visite de temps en temps et l'écouter, Dave. Tu réfléchirais à deux fois avant d'effrayer les veuves enceintes. 

Ma mère essayait de toucher un nerf, mais quand j'entendis son hoquet, je sus qu'il avait dû se rapprocher d'elle. Son avertissement ne fonctionnait pas. 

— Tu n'as pas à avoir peur, Peg. Nous nous connaissons depuis longtemps. Tu dois te sentir seule depuis que Ray nous a quittés. 

— Ne me touche pas !

Le bruit de la gifle me fit sursauter. J'espérai que c'était ma mère qui montrait à Wright qu'elle ne plaisantait pas, au lieu de lui qui la remettait à sa place, de la façon dont j'avais entendu dire qu'il le faisait avec d'autres femmes. La peur et la conviction dans sa voix contractèrent mon estomac. J'aurais dû sortir à ce moment-là, une chose pour laquelle je me sentirais coupable pour le reste de ma vie, mais je n'avais que dix ans, et la peur me persuada de rester cachée sous l'escalier. Je m'étais dit, des années plus tard, qu'il aurait pu nous tuer toutes les deux si j'étais sortie.

— Un si joli visage. Cela me fait mal de te voir triste, Peg. Personne ne pouvait prévoir que Ray allait mourir dans un accident de chasse.

J'aurais pu jurer l'entendre sourire d'un air narquois. Des années plus tard, je me demanderais si la mort de mon père dans les bois avait vraiment été un accident, et je rechercherais la preuve qu'elle ne l'avait pas été.

— Ma mère renifla et mon cœur se figea. Pleurait-elle parce que Wright avait mentionné mon père, ou parce qu'il s'était trop rapproché d'elle ?

— Tu sais, cela aurait dû être nous à ce bal de promotion, Peg. Cela aurait dû être moi debout devant l'autel avec toi, si Ray ne m'avait pas remplacé pour mon rendez-vous. Je l'ai maudit pour ma jambe cassée pendant des années, et maintenant je vais le maudire dans la mort.

Tout à l'intérieur de moi trembla. Comment osait-il parler de papa de cette façon !

Je me souvins de mon père me racontant comment mes parents étaient allés à leur premier rendez-vous au bal de la remise des diplômes. La providence les avait réunis alors que le rendez-vous de papa était tombé malade et que celui de maman s'était cassé la jambe en sautant d'un wagon. C'était le destin !

— Et cela aurait dû être mon enfant que tu portes, pas le sien.

Ma gorge me picota alors que je retenais mes larmes et secouais la tête. Je n'avais jamais entendu M. Wright dire ces mots auparavant. Comment pouvait-il être autant en colère contre papa ? Ils étaient les meilleurs amis. N'est-ce pas ? Papa avait toujours fait tout ce que le chef lui demandait. Il avait travaillé tard dans la nuit et avait pris les boulots les plus dangereux qui lui étaient confiés, même si cela signifiait ne pas me mettre au lit et m'embrasser pour me souhaiter bonne nuit.

— Pars, Dave, avant que nous fassions tous les deux quelque chose que nous regretterons.

J'entendis ma mère sortir un couteau de son support sur le comptoir de la cuisine. La lame en métal glissa bruyamment contre son boîtier en fer. Je reculai dans un coin du placard sombre, et tout mon corps trembla. J'aurais dû l'aider, et à la place j'étais prise au piège de secousses ininterrompues.

Un bruissement et le bruit d'un coup de poing plus tard, la lame s'envola et cliqueta en heurtant le carrelage. Durant cette seconde, j'espérai qu'elle l'avait poignardé. Bon sang, j'espérai qu'elle l'avait tué.

Millie recommença à aboyer, et ce n’était pas un aboiement de joie. 

— Tu penses qu’un couteau va t’aider, Peg ? 

La voix de Wright contenait plus de détermination que précédemment. Le clic d'une arme à feu que l'on chargeait résonna alors qu'il préparait son pistolet. Je l'imaginai le pointant sur ma mère. Je suppose que le couteau était aussi utile qu'une lampe de poche solaire.

— Tourne-toi et soulève ta putain de robe si tu veux vivre, ordonna-t-il.

Après cela, je me couvris les oreilles. Les cris, le bruit des corps claquant l'un contre l'autre, et les continuelles suppliques de ma mère afin de ne pas pousser si fort contre son estomac pour le bien de son bébé étaient audibles, peu importe combien je pressai mes paumes contre mes oreilles.

Je sanglotai silencieusement, espérant que les sons disparaissent. Alors même que j'essayais de les occulter, ils continuèrent à me parvenir, des sons que je n'oublierais jamais. Des cris et des sanglots étouffés que je comptais déclencher pour me venger quand le moment serait venu. Avec mes yeux fermés, mon corps cessa de fonctionner. Je pense que ma vessie se laissa également aller à un certain moment. La morve sous mon nez s'accumula et coula en goutte-à-goutte sur le sol, mais je ne voulais pas l'essuyer de peur de ce que j'entendrais si j'enlevais mes mains.

Il ne lui fallut pas longtemps pour en avoir fini, mais cela sembla une éternité pour moi. À ce moment-là, je me sentais la plus grande lâche du monde. Quand j'aurais dû la sauver, je n'avais pas pu. La seule fois où ma mère avait besoin de mon aide, je me figeai comme si j'étais enterrée dans ce trou sombre, tenue captive par un kidnappeur. Je me détestai ce jour-là, et je me promis de ne plus jamais laisser la peur prendre le dessus. Je me mettrais en danger pour sauver tous ceux que je pourrais. Peu importait le prix à payer. Ce fut le jour où je décidai d'être un flic.

Avant que Wright s'en aille, il l'avertit :

— Parle de ça à qui que ce soit, Peg, et je baiserai ta jolie petite fille jusqu'à ce qu'elle saigne sur ma queue. Et ce sera de ta faute.

Dès que la porte se referma, je courus dans la cuisine pour trouver maman évanouie sur le sol. Sa jupe et son tablier étaient trempés de sang. Je la couvris avec une couverture et composai le 112.

Plus tard, je lui dis que j'avais oublié un livre, que j'étais revenu pour le récupérer, et que je l'avais trouvée là. Mais je pense qu'elle savait. Je pouvais le voir dans ses yeux. Elle savait que je l'avais laissée tomber. Ma mère ne mentionna jamais Wright. Elle ne dit jamais à personne ce qu'il lui avait fait. La honte dans ses yeux était surpassée par le chagrin, non seulement de la perte de son bébé, mais également du souvenir le plus précieux de son mari qu'elle portait dans son ventre. À l'hôpital, les médecins et les infirmières n'arrêtaient pas de lui demander s'ils pouvaient faire quelque chose pour elle, mais même eux ne pouvaient pas redonner la vie à l'enfant avorté. Nous ne pûmes ni l'une ni l'autre retenir nos larmes et nos sanglots. Je rampais dans son lit et m'allongeais dans ses bras tous les jours pendant qu'elle récupérait à l'hôpital ; physiquement, du moins. Par moments, elle me parlait comme si j'étais le bébé, m'appelant Emma dans ses rêves. Même son lait maternel commença à couler.

Nous enterrâmes Emma à côté de papa. Le petit carré de marbre semblait étrange à côté du sien, mais au moins il n'était pas seul. Une couronne faite de marguerites fraîches que j'avais cueillies reposait sur la croix au-dessus de sa tombe. Ma mère se tint au-dessus de la stèle pendant des heures, tenant son ventre gonflé comme si Emma était toujours là. Elle finit par s'effondrer sur ses genoux. Je ne pourrai jamais oublier cette image. Le pire de ces funérailles fut de voir Wright, cet hypocrite moralisateur, debout à côté d'une partie de la population de la ville, observant ma mère et moi. Il ne savait pas que ma peur de lui m'avait quittée à la minute où je m'étais promis de ne plus jamais avoir peur d'un homme.

L'enfant à naître était la dernière partie de mon père que ma mère et moi avions, et Wright nous avait volé cet enfant. Il avait privé ma mère d'une fille, et moi d'une sœur. Je me demandais souvent si Emma aurait eu les yeux de mon père ou sa mèche de cheveux blonds, une marque de naissance parmi les mèches châtain clair. Je me disais que ses cheveux auraient frisé comme les miens, de la façon dont ceux de notre mère le faisaient. Mais maintenant, je n'aurais pas de sœur avec qui rire, aller à l'école, ou partager mes secrets. Je ne pourrais pas lui donner mes poupées ou lui apprendre l'alphabet.

Ma mère ne fut plus jamais la même après ça. Elle arrêta de faire des gaufres maison et continua à vivre pour moi – la lâche qui l’avait laissée tomber. Après ce jour fatidique, ma mère se mit à sursauter au moindre bruit et se réveiller au milieu de la nuit pour aller vérifier les verrous des portes et fenêtres. Tout s’écroula ce jour-là. Wright nous avait arraché le cœur, détruit notre famille, et fait naître une rage qui ne me quitterait jamais. Je portai la culpabilité de ne pas avoir aidé ma mère tout au long de mes études pour devenir flic avec le besoin de m'en montrer digne.

Peu de temps après l'enterrement, nous déménageâmes dans une nouvelle ville de l'autre côté du pays, sur la côte est. J'étais certaine que personne ne savait quand nous étions parties ni à quel endroit. Ma mère n'emballa qu'une valise, me prit la main, et appela un taxi. Elle laissa tout le reste derrière nous, même la voiture de mon père. Elle avait amené Millie chez un voisin. La chienne me manquait, mais je n'osais pas le dire à maman. Elle avait bien assez de choses à gérer.

Après quelques voyages en bus et en trains, nous arrivâmes dans ce qui était censé être un nouveau départ – sauf que Wright semblait avoir voyagé avec nous, dans nos souvenirs à toutes les deux. Donc, la vie après ça ne fut pas très chouette. Elle portait le deuil et vivait constamment dans la peur. Il nous avait tout pris : ma sœur, la force de ma mère et son amour de la vie, mon enfance, et j'étais convaincue qu'il avait également pris la vie de mon père.

Ma mère vivait toujours dans un minuscule appartement. Ne faisant pas confiance à Wright, je l'avais déplacée une douzaine de fois depuis mon départ pour l'académie. Il nous avait trouvées deux fois, mais maintenant j'avais les moyens de faire en sorte qu'il ne nous trouve plus jamais. Je savais qu'il la recherchait. Et que je sois damnée si je le laissais la trouver à nouveau. Elle vivait complètement recluse, avec une bouteille de tequila sur la table de la cuisine.

— C'est la seule chose qui me permet d'oublier, m'avait-elle dit une fois que je fus plus âgée. 

Alors je lui achetais une bouteille de temps en temps si elle me promettait de ne la boire qu'avec moi, afin que nous puissions toutes les deux oublier. Elle avait tenu sa promesse. À un moment, je lui avais dit que j'arrangerais les choses, mais je pense qu'elle avait bu trop de shots pour s'en souvenir.

Je détestais Wright. Je le méprisais avec passion, et le jour où il devrait payer pour ses péchés arrivait. J'avais accru ma force, mes connaissances, et mes connexions, et quand le moment viendrait, je lui rendrais la pareille. Je prendrais sa vie sans aucun remords, exactement comme il avait pris la vie de ma sœur à naître et celle de mon père. Et je ferais en sorte qu'il sache exactement qui je suis quand je lui trancherai la gorge. La vengeance est une vraie salope. Et je fonçais tête baissée.

Chapitre 4

À quatre heures le mardi matin, j'avais l'impression que quelqu'un avait versé du café dans mes yeux. La serrure de la porte cliqua et Laura rentra de son service de nuit. Elle portait un survêtement et ses cheveux étaient encore humides, ce qui ne pouvait que signifier qu'elle avait eu une nuit agitée et avait utilisé les douches du commissariat. Aucune de nous n'aimait vraiment se doucher au travail. Cet endroit avait besoin d'une complète rénovation. Ses yeux avaient du mal à rester ouverts et j'aurais pu m'endormir debout rien qu'à la regarder, même avec mes veines qui semblaient être remplies de caféine. J'aurais voulu pouvoir échanger ma place avec elle, sachant qu'elle s'endormirait dès que sa tête toucherait l'oreiller.

La chanceuse.

Depuis que Tristan Cross était entré dans l'auditorium, soit je ne pouvais pas dormir, soit je dormais et rêvais de lui. Ces nuits agitées où je nous imaginais ensemble me torturaient. Pendant ces quelques heures de sommeil, son corps devenait mien alors que je parcourais l'étendue de muscles que j'imaginais sur ses abdos. La tablette de chocolat se rétrécissait dans une vallée parfaite où je glissai ma langue vers un gland humide. La pointe rose intimait à mes lèvres de la goûter. Je me réveillais trempée de mes propres sucs, toute gonflée de l'assaut de mes doigts. Les choses coquines qu'il faisait pour moi dans mes rêves laissaient mes membres douloureux au matin. Comment quelqu'un pouvait-il vous fatiguer dans vos rêves ?

— Une autre nuit blanche ? demanda-t-elle. 

— Oui. 

J'étirai les bras, en essayant de leur insuffler de la force. 

— Bon, comment s'appelle-t-il ? 

Elle jeta son sac sur le sol. 

— De quoi parles-tu ? demandai-je. 

— Tu as ce regard qui dit 'je ne peux pas arrêter de penser à lui'

Laura attrapa une bouteille d'eau et se laissa tomber sur le canapé à côté de moi. 

Un tel regard existait ? 

— C’est seulement des trucs liés au travail, dis-je en haussant les épaules, me souvenant de ce qui faisait de mon amie un tel bon flic. Rien ne pouvait lui échapper, et elle comprendrait tout rapidement. 

Enfin, si je ne vidais pas mon sac en premier. 

— Hé, je peux te poser une question ? dis-je en me mordillant la lèvre.

— Tu me rends nerveuse, Allie. Tu es confuse et indécise. C'est dangereux dans notre travail. Quelle que soit la raison qui te préoccupe, cela doit cesser. Je ne t'ai jamais vu comme ça auparavant. Pose ta question. 

Elle me fit un geste de la main pour m'inviter à me rapprocher d'elle, comme un bon prêtre à un paroissien prêt pour une confession. 

Je serrai mes mains en face de moi, faisant craquer mes doigts. 

— As-tu eu des nouvelles au sujet du travail pour les Entreprises Cross ?

— Oui, je les ai appelés et on m'a dit que le poste avait déjà été pourvu. Je croyais que tu n'avais pas postulé ?

— Je ne l’ai pas fait.   

Je m’affaissai. Comment avais-je pu être aussi stupide ? J'aurais dû remplir ce formulaire sur-le-champ et rendre visite à ma mère en attendant l'entretien. Et maintenant, Cross avait embauché quelqu'un d'autre. Je pensais que nous avions une connexion. Je pensais qu'il m'attendrait. Avais-je perdu ma seule chance de me débarrasser de Wright sans en subir les conséquences ? Pire que tout, quelque chose me frappa profondément à l'intérieur, et ma poitrine se dégonfla. Pourquoi mon cœur se sentait-il brisé et vide ? L'idée de ne pas revoir Cross m'agaçait plus que je l'aurais pensé et je fronçai les sourcils.

— On dirait que tu le regrettes, dit-elle en enroulant son bras autour de moi. Ne t'inquiète pas, si tu veux, nous pouvons aller au club qu'il possède ce week-end, Kissed, et nous trouver des hommes chauds comme la braise qui apprécieront tes seins, et peut-être même tes fesses. 

Elle me fit un large sourire, en frottant mon épaule comme une mère le ferait. 

— Ensuite, nous pourrons nous accrocher à leurs beaux biceps comme des singes tandis que Cross brûlera dans les affres de la jalousie.

Même si je voulais le nier, la pensée de rendre Cross jaloux était réjouissante. Sauf que je ne voulais pas m'accrocher aux biceps de quiconque, excepté s'ils appartenaient à Cross lui-même. Monsieur D, l'animateur de mes nuits, coincé dans le tiroir du bas de ma commode, allait connaître plus d'action ce soir alors que je penserais aux muscles de Cross, ou plus précisément, au seul muscle qui pourrait satisfaire mes désirs.

Et maintenant, j'avais raté l'occasion de travailler pour l’homme parfait et peut-être également mis en danger ma mère plus que nécessaire. Trouver un autre moyen de me débarrasser de Wright sans laisser de traces ne serait pas facile. D'après mes recherches, Cross était mon meilleur atout, et je l'avais gâché.

Je me trémoussai sur le canapé, alors elle continua.

— Si ça peut te consoler, la personne qui a obtenu le poste ne peut décemment pas le mériter plus que toi. C'est tout de même bizarre qu'ils aient voulu que de nouvelles recrues postulent, mais cela ne m'aurait pas dérangée d'apprendre une ou deux choses sur les frères Cross, si tu vois ce que je veux dire. 

Elle fit bouger ses sourcils de manière suggestive. Toute occasion de se régaler les yeux sur un homme sexy comme Cross était comme un buffet à volonté qui ne servait que des bonbons et de délicieux glucides.

Laura, tout comme moi, était tellement concentrée sur sa carrière qu'elle n'avait pratiquement aucune chance d’avoir une vie personnelle. Parler d'aller dans une boîte de nuit était simplement ça – parler. Nous ne le ferions jamais. Nous passions notre temps soit à travailler, soit à récupérer. Nous avions à peine le temps de cuisiner ou d'acheter les choses nécessaires de base. Être en bas de l'échelle signifiait qu'on nous attribuait des horaires dont personne ne voulait et que nous travaillions dans les endroits les plus dangereux avec la population la plus cruelle. Laura était la seule au commissariat, avec moi, à avoir une ceinture noire dans plus d'une discipline, et afin de nous garder en forme, nous nous entraînions plusieurs fois par semaine et donnions des leçons particulières dans des clubs de karaté locaux.

— Tu le méritais tout autant que moi. 

— Mais c'était un peu plus important pour toi, sur un plan personnel, non ?

— Oui, admis-je. 

— Allie, quels que soient les fantômes du passé qui hantent ton présent, tu dois soit les oublier, soit les enterrer dans le passé.

'Enterrer' était exactement ce que j'avais en tête. Au moment où le corps de Wright serait enterré, je pourrais enfin vivre en paix. 

— J'ai vu Tristan Cross vendredi soir, lâchai-je. 

— Sérieusement ?

— Il est venu chez Mike et a pris quelques shots avec moi, puis il m'a raccompagnée à la maison.

— Et ?

— C'est tout.

— Tu veux dire que le célibataire le plus sexy, le plus riche de New York t'a raccompagnée à la maison et c'est tout ? Sans parler du fait qu'il est responsable de la décision d'embauche pour le poste le plus convoité. Tu as obtenu le poste, pas vrai ? Oh non ! Tu l'as sauté ! Était-ce le genre d'entretien 'baise-moi et le job est à toi' ?

Je sentis une rougeur envahir mes joues. Elle n'était pas très loin de la vérité parce que c'était exactement ce que j'avais voulu faire à Tristan Cross, et la seule chose qui m'avait arrêtée vendredi soir, c'était trop de tequila. Cross ne m'avait pas paru être le genre d'homme qui profite d'une femme en état d'ébriété. Et je savais qu'il l'avait voulu lui aussi. C'était évident. Cette étincelle dans ses yeux ne pouvait être confondue avec autre chose que 'je vous veux, et je vous veux maintenant'. Ma jauge avait atteint des sommets ce soir-là. 

— Crois-tu que je m'abaisserais à ça ?

En fait, je le ferais, mais Laura n'avait pas à le savoir.

— Il n'y a pas de mal à utiliser à ton avantage ce que Dieu t'a donné. Les femmes ont une vie suffisamment difficile comme ça. 

Et c'était la réponse de Laura pour la plupart des problèmes. Lorsque j'étais stripteaseuse – oui, c'est comme ça que j'ai payé mes études universitaires – elle avait dit exactement la même chose : fais étalage de ce que tu as afin d'obtenir ce que tu veux. 

— Il ne l'a pas vraiment dit, mais oui, je pensais qu'il me voulait pour ce poste.

— Et qu’est-ce qui l’a arrêté ?

— Les papiers ; je n’avais pas postulé. Je devais rendre visite à ma mère avant de le faire, et maintenant, si le poste est pourvu, c’est inutile. Tout est foutu.

Je baissai ma tête entre mes genoux. 

— Peut-être changera-t-il d’avis si au moins tu lui dis que tu es intéressée ? Ne laisse pas une telle opportunité t’échapper. Il t’a trouvée une fois, il te trouvera encore. 

Puis elle ajouta :

— Et si tu le sautes, assure-toi de le faire bien et raconte-moi tous les détails. 

Ouais, comme si ça allait arriver. Alors que mon amie aimait se vanter de ses aventures érotiques et de ce qu'elle faisait en vitesse avec sa nouvelle conquête du mois avant ou après le travail, j'étais pas trop enthousiaste pour entendre les détails. À un moment, je m'étais même étonnée qu'elle ne fasse pas d'encoches sur son lit à baldaquin. Laura disait qu'elle n'avait pas de temps pour une relation et qu'elle n'aimait pas vraiment le bourdonnement d'un vibromasseur, de sorte qu'un coup rapide était sa seule option.

Et c'était la raison pour laquelle j'étais parfois reconnaissante que nous ayons des horaires décalés. Au moins, je n'avais pas à entendre ce qui se passait derrière le mur. Bien que je n'appréciais pas vraiment de trouver des sous-vêtements masculins dans notre panier à linge. Beurk !

— Je dois dormir.

Elle se leva du canapé et zigzagua entre les meubles vers sa chambre.

J'étirai ma colonne vertébrale, libérant une certaine pression, puis attachai mes cheveux avec un bandeau élastique et enfilai sur un survêtement. La salle de sports était seulement à quatre pâtés de maisons, alors je m'y rendis en petites foulées. Une promesse de neige s'attardait dans l'air, et j'eus le sentiment que nous aurions un hiver précoce. Demain, je devais prendre la route pour rendre visite à ma mère en Caroline du Sud. Je surveillerais les magasins locaux et son appartement pendant deux jours pour voir si Wright était sur ses traces. S'il l'était, il serait temps de bouger à nouveau. Et je devais trouver un nouveau plan pour me débarrasser de lui. Enfin, si Cross avait réellement embauché quelqu'un d'autre.

Dans la salle de sports, je fis quatre séries d'abdominaux, de pompes et de flexions – ma routine d'échauffement. Mes muscles commencèrent à me faire mal, mais dans le bon sens. La sueur coulait dans mon dos et je montai sur le tapis roulant, le réglant sur la pleine vitesse en quelques minutes ; ou du moins aussi vite que mes jambes pouvaient m'amener. La salle était encore vide, une odeur fraîche d'aloès et de bicarbonate de soude flottant dans l'air. M'entraîner le matin, avant la ruée des aisselles en sueur, était un meilleur remède que la tequila. Et j'aurais pu jurer que l'alcool s'évaporait encore de mes pores.

Quelqu'un mit en marche la machine à côté de moi. Je gardai mon rythme, me concentrant sur la publicité pour une boisson protéinée en face de moi. L'odeur de musc et d'Old Spice flottait autour de moi, et je sus qu'un homme était sur l'autre tapis roulant. Pourquoi si près de moi ? Pourquoi ne pas utiliser une machine plus loin dans l'allée ? Je cédai finalement à ma curiosité, réduisis la vitesse, et me tournai vers ma droite. Mes sourcils se froncèrent. 

Je n'aurais pas dû être surprise. Il était là, dans son short rouge 'Je suis l'homme le plus sexy au monde' qui me rappelait ceux que les modèles bien gaulés de H & M portaient pour inciter les femmes à faire du shopping dans le magasin. J'essayai d'imaginer la chair souple sous le short de Cross et je me demandai à quelle vitesse je pourrais la faire durcir. Cette pensée disparut dès qu'il me surprit à le regarder, et je sentis mes joues s'échauffer.

— Vous me suivez, dis-je en essayant de détourner son attention. 

Cross courrait dans un rythme lent d’échauffement en souriant. 

— C’est une salle de sports publique.

— Je viens ici depuis deux ans et je ne vous y ai jamais vu. 

— Parce que je décide quand je veux être vu, Allie. Bonjour Cole, dit-il en saluant de la main un des entraîneurs. 

Soit Cross connaissait tout le monde en ville, soit il était déjà venu ici et je ne l'avais pas vu. Mais mon instinct me disait que le fait qu'il soit ici à cinq heures du matin était une trop grosse coïncidence. Était-ce la chance dont Laura avait parlé ? 

— Vous me faites attendre longtemps. Pourquoi n'avez-vous pas encore postulé ? demanda-t-il. 

— J'ai entendu dire que le poste avait été pourvu. 

Le froncement de sourcils sur son visage m'indiqua qu'il ne s'était pas attendu à ça. Je l'avais pris au dépourvu. 

— Il n'est pas pourvu. Il attend simplement le bon candidat. 

Serait-ce vraiment possible ? Tristan Cross attendait-il toujours que je postule ? Une étincelle d'espoir s'alluma dans ma poitrine, puis s'éparpilla dans tout mon corps pour réchauffer les endroits les plus sensibles. Peut-être que tout n'était pas perdu. Les détails du mystérieux travail de la 'prostituée' avaient éveillé ma curiosité au plus haut point. Mais j'étais pratiquement certaine qu'il avait plaisanté l'autre jour.

Je ne voulais pas jouer la difficile, même pour un emploi, mais j'avais l'impression que Cross aimait rester sur le qui-vive. 

— Toute chose vient à point pour qui sait attendre. Y a-t-il une date limite ?

— Le plus tôt sera le mieux, Allie. Je suis un homme patient, mais ce travail nécessite un entraînement spécifique et le temps est compté. 

Je détachai la corde de sécurité qui m’attachait au tapis roulant et le laissai ralentir jusqu’à un arrêt complet. 

— Quel entraînement ? Quelle est ma date limite ?  

Je baissai mes mains sur mes hanches en essayant de contrôler ma respiration. 

— Quand avez-vous pratiqué le karaté pour la dernière fois ? 

— Y a-t-il quelque chose à mon sujet que vous ne savez pas ?

— La taille de votre soutien-gorge, répondit-il en lorgnant sans vergogne sur mon décolleté. 

Le commentaire résonna profondément entre mes jambes, transformant mes membres en gelée. Encore un peu de flirt de sa part et il y aurait une petite piscine dans ma culotte. Mais je ne voulais pas céder. Cross devait avoir beaucoup de femmes pour assouvir ses besoins. Je n'étais qu'un autre poisson dans la mer, et j'avais des objectifs plus importants que coucher avec cet homme magnifique. Cela faisait-il partie de son test pour voir si nous pourrions travailler ensemble sans que notre attraction évidente vienne nous entraver ?

Pourtant, quelque chose au fond de moi voulait voir jusqu’où il était prêt à aller, alors je répondis :

— 36 C.

— C’est ce que je pensais. 

— Vous n’êtes pas un peu prétentieux ? dis-je en descendant de la machine.

— Je suppose que vous devrez le découvrir. 

Ses sourcils se soulevèrent de manière suggestive. 

— Vous êtes incroyable.  

— Je sais. Et je suis ravi que vous le sachiez également. Avez-vous toujours été une allumeuse, Allie ? Ou n’est-ce qu’avec moi ?

— Quoi ? m’exclamai-je en attrapant ma bouteille d’eau. 

— Vous dîtes une chose, mais vous en pensez une autre. Je peux le voir à la façon dont votre corps réagit face à moi. 

Je savais que mes mamelons durcissaient et que ma peau se contractait chaque fois que je voyais Cross. Comment pourrait-il en être autrement ? J'étais une femme dans la force de l'âge avec des hormones en folie, mais je n'aurais jamais imaginé qu'il le remarquerait. Le contrôle que j'avais habituellement sur mes réactions semblait inefficace lorsque Cross était dans les parages, et je me promis de me soulager avant notre prochaine rencontre. Sauf que je ne savais pas quand ce serait, puisqu'il apparaissait comme par enchantement tout le temps. Monsieur D avait encore de beaux jours devant lui.

— Comme si vous ne disiez jamais quoi que ce soit avec un double sens.

Je levai les yeux et décollai un peu mon tee-shirt de ma peau. Des taches de sueur décoraient probablement le tissu sous mes aisselles et sur mon dos.

— Je sais que je le fais. Essayons autre chose. Êtes-vous attiré par moi, Allie ?

Il se pencha contre la machine. La façon décontractée de parler qu'il utilisa me rendit un peu nerveuse. Comme s'il était simplement un mec parmi tant d'autres.

Je pris une gorgée d'eau, remarquant combien le short de Cross exposait la courbe sous les cordes desserrées.

— Eh bien, c'est un peu cavalier, non ?

— Dans mon travail, je n'ai pas le temps de perdre du temps.

— Je ne peux pas nier que vous êtes un bel homme, mais vous le savez déjà.

— Savez-vous combien vous êtes magnifique ? Comment vos seins rebondissent lorsque vous courez ?

— Sérieusement ? C’est du harcèlement sexuel. 

Je me dirigeai vers la salle d'exercice, de l'autre côté de la salle où Cole donnait généralement des cours de Pilates et de Zumba. Cross me suivit, et je n'eus aucun doute sur le fait qu'il me reluquait, car mes fesses se balançaient de droite à gauche comme si elles voulaient toute l'attention pour elles-mêmes.

— Vous n'avez pas postulé pour le poste, ce n'est donc pas vraiment du harcèlement sexuel. Je ne fais qu'énoncer ce qui est évident. Est-ce que vous êtes en train de dire que vous n'aimez pas que je vous harcèle ?

Tout ce qu'il disait sonnait si juste et si mal en même temps. Je me vis dans différentes positions avec Cross, et aucune n'avait quelque chose à voir avec le travail alors qu'il profitait de moi.

— Je veux prendre ce travail au sérieux, mais c'est difficile alors que vous me tournez autour, dis-je.

— C'est la chose la plus honnête que vous m'ayez dite. Je prends cela comme un compliment. 

Il ouvrit la porte.

Mes chaussures grinçaient sur le parquet en bois d'érable qui semblait avoir été fraîchement poli.

— Je suis surprise que votre tête n'enfle pas avec tous les compliments que l'on doit vous faire.

Il se rapprocha et je sentis le mur derrière moi. Je pressai mes paumes sur sa surface. Cross se pencha jusqu'à ce que son entrejambe soit appuyé contre ma hanche et que son torse ferme se presse contre moi. Je n'arrivais pas à respirer ni à penser. Ses mains se posèrent sur le mur à côté de ma tête. Son odeur et la sensation de son corps contre moi firent accélérer mon pouls et les murs se refermèrent sur nous. On aurait dit que le plafond s'était également abaissé et que nous étions tous les deux seuls dans la salle de sports. Un soupçon de dentifrice à la menthe flotta alors qu'il parlait.  

— C'est parce que vous n'avez pas regardé la bonne tête.

J'avais arrêté de courir depuis quelques minutes, et pourtant mon pouls était toujours aussi rapide. 

— Pourquoi être devenue flic ? demanda-t-il à brûle-pourpoint en s'éloignant.

Putain de merde ! Qu'est-ce que tout ça voulait dire ?

Il fit rouler un ballon d'exercice rose vers lui. S'asseyant dessus, les jambes écartées et les mains posées sur ses cuisses, il me regarda avec ce sourire en coin arrogant. Cross aurait pu être assis sur des toilettes, il aurait toujours l'air sexy. Il en fit rebondir un autre en face de lui en me faisant signe de m'y asseoir. Je fus reconnaissante qu'il arrête de flirter. Encore quelques minutes comme ça, et nous nous serions retrouvés sur sol, en roulant d'un mur à l'autre.

— Nous étions sur la route en Floride avec ma famille lorsque j'avais huit ans. Environ cinq voitures devant nous, une camionnette a perdu le contrôle, capoté et roulé sur le côté de la route. Elle a pris feu. Je ne sais pas d'où elle venait, mais une policière est sortie de sa voiture de patrouille et s'est précipitée alors que tout le monde était en état de choc. Elle a couru en bas de la colline vers les flammes. Et un par un, elle a sauvé toute la famille. Un homme plus âgé fut le dernier à sortir, puis la camionnette a explosé. Le dos de l'agent a pris feu à cause de l'explosion et elle s'est enflammée comme un sapin de Noël. Mes parents m'ont dit qu'elle avait survécu. C'était la chose la plus courageuse que j'avais vue de toute ma vie. 

Alors que ce que je disais à Cross n'était pas un mensonge et était arrivé quand mon père était encore en vie, je n'étais pas prête à partager avec lui le véritable moment où j'avais fait ce choix de carrière.

— Je croyais que c’était parce que votre père était flic.

Cela ne me surprit pas que Cross connaisse la profession de mon père.  

— Je suppose que cela a également quelque chose à voir. C’était un homme bien et un agent de police honorable.

Ma gorge se serra. S'il n'y avait pas eu Wright, mon père serait encore en vie. J'aurais une sœur et ma mère ne serait pas brisée.

— Votre dossier de police est le plus propre que j'ai vu. Vous essayez de détourner l'attention de tout le monde de quelque chose, Allie. Pourquoi ?

Pouvait-il vraiment lire en moi ? Était-il possible que, dans une certaine manière, Tristan Cross avait creusé assez profondément pour savoir ce qui était arrivé ?

— J'essaie simplement de me construire une bonne réputation, le genre dont mon père serait fier.

Il devait le croire. Personne n'avait pu découvrir quelque chose sur Wright. Ma mère et moi étions les seules au courant. Mon désir de vengeance devait être caché, pendant un certain temps du moins, jusqu'à ce que Cross me fasse confiance et puisse m'aider.

Cross plissa les sourcils comme s'il pouvait sentir ma réticence à partager des informations, mais il n'insista pas et j'en fus heureuse. Je n'étais pas certaine de pouvoir parler de ce jour-là ou d'admettre ce qui me motivait. Mais à la fin, je devrais lui dire. J'avais besoin de son aide pour disposer du corps de Wright. Pour le faire disparaître.

— Alors, combien de temps ai-je avant de pouvoir jouer la prostituée pour vous ? demandai-je en souriant. 

Voir l'étincelle de convoitise dans ses yeux créa un nouveau tourbillon de désir dans mon ventre. 

— Je dois m'absenter pendant un jour ou deux avant de pouvoir m'investir.

— Hum, où allez-vous ? demanda-t-il en essayant de stabiliser sa voix haletante.

— En Caroline du Sud. Je pars demain matin. 

— Pour rendre visite à votre mère ?

Les poils sur ma nuque se hérissèrent. 

— Comment… ? Personne ne sait où elle vit à part moi.

— Allie, il n'y a pas beaucoup de choses que je ne peux pas savoir si je le veux.

Ce qui veut dire que Wright peut également la trouver. Le salaud ne renoncerait jamais à rechercher ma mère. Il s'était déjà trop rapproché de nous auparavant. La rage bouillit en moi. C'était un voyage que je ne pouvais pas repousser.

— Pourquoi la cacher, Allie ? Pourquoi votre mère se déplace-t-elle régulièrement le long de la côte est ?

Il roula un peu plus près de moi sur le ballon d'exercice.

Tout ce que je pus faire fut de secouer la tête. Une boule se forma dans ma gorge. Je ne voulais pas pleurer devant Cross. Une partie de moi voulait tout lui dire, mais je n'étais pas encore prête à partager mon passé.

— Cela affectera-t-il votre travail ? demanda-t-il d'une voix beaucoup plus calme.

— Non. 

Mais le diable sur mon épaule cria 'Oui !'.

— Vous prendrez mon jet.

Il leva un doigt avant que je puisse intervenir. 

— Ce sera plus rapide.

— Ce n'est pas un long trajet.

— Ça n'a pas d'importance. Si vous allez travailler pour moi, j’ai besoin que vous soyez reposée. Vous pouvez tout aussi bien vous habituer aux avantages que la société peut offrir.

— Mais...

— Pas de mais. La seule chose que je vous demande, c'est de venir à mon bureau dès que vous revenez de votre voyage.

— Vendredi matin ?

— Oui. Nous pourrons ainsi nous débarrasser de la paperasse avant le week-end.

Cross voulait vraiment que je travaille pour lui. Pourrais-je lui parler de Wright ? Pas encore. Pas avant que je parle avec ma mère. Peut-être que c'était une bonne idée. Lui permettre un peu de contrôle en acceptant son offre de prendre son jet pour me rendre en Caroline du Sud lui montrerait que cet emploi était également important pour moi. Après tout, le travail était une question de confiance et si vous ne pouviez pas compter sur votre allié le plus proche, alors quel était le but de faire votre travail au mieux ?

Pourtant, mon père était tout de même mort, tué de la main de son meilleur ami, un chef de police digne de confiance. 

— Levez-vous, ordonna-t-il. 

Je bondis à son commandement, parfaitement consciente de la façon dont il avait facilement contrôlé mon corps avec sa voix profonde. Il se dirigea vers les tapis dans le coin et me fit signe avec son index de venir le rejoindre. Le geste sexuel affola mes hormones. La fossette au menton se creusa un peu plus. Cross jeta quatre tapis sur le sol, les installant en carré. Il monta sur la surface et écarta les jambes.

— Frappez-moi.

J’aurais pu jurer avoir entendu un léger grognement dans sa voix.

— Quoi ?

— Ce n’est pas une requête. Si vous voulez que je vous envisage pour ce travail, vous devez m’épingler sur le sol.

— Vous voulez seulement que je me retrouve sur vous. 

Je croisai mes bras devant moi.

— En fait, je vous veux sous moi, et je n’accepterai jamais autre chose, dit-il en souriant. 

Les mouvements suivants furent délibérés, et Cross tricha. Il n'utilisa pas le karaté, ce qui me força à m'accorder à son assaut de combat de rue avec un mélange de kickboxing et jiu-jitsu. Ma mère s'était assurée que je puisse me protéger dès que nous avions déménagé. Cette formation devint très utile lorsque je fis mes classes à l'académie. Une ceinture noire dans trois domaines différents n'incitait pas la moquerie.

Mais Cross pouvait tout aussi bien se protéger, et même si ses mouvements n'étaient pas vraiment professionnels, il avait été bien formé. Il fallut quelques parades et des esquives rapides avant que je comprenne que sa formation allait au-delà de ce qu'on attendait d'une personne normale. Et s'il n'y avait pas eu sa force pure, je l'aurais eu. Après quelques coups de pied, rebondissements et retournements, je me retrouvais sur le tapis et il était à cheval sur mes hanches, un sourire en coin sur les lèvres. Ses mains étiraient mes bras au-dessus de ma tête, agrippant mes poignets. Ses larges épaules me surplombaient et son odeur était enivrante. Une drôle de sensation prit place dans mon ventre. Combien je souhaitais à ce moment-là que ma vie soit plus simple : une vie dans laquelle mon plan d'utiliser Cross impliquerait seulement une relation sexuelle primitive, et peut-être un ami à qui je pourrais faire suffisamment confiance pour divulguer mes secrets les plus sombres.

Ses lèvres se retroussèrent et sa tête se tourna légèrement sur le côté. Je voyais bien qu'il essayait de lire mon expression. Je me demandai ce qu'il voyait : la femme qui avait mis un bouclier en place et qui se débrouillait toute seule, ou celle qui, pour une fois, voulait se laisser séduire ? À ce moment-là, je voulais être la seconde, celle qui n'avait pas de soucis ou de problèmes, dont la seule décision vis-à-vis l'homme assis sur elle serait de savoir si elle voulait ouvrir les lèvres afin de lui montrer combien elle voulait qu'il l'embrasse. 

Je relâchai complètement mes muscles alors qu'il abaissait son corps sur le mien. Il lâcha mes bras, posant ses mains à côté de mes épaules. L'odeur de sa sueur mélangée avec l'Old Spice me remplit. Le devant de son tee-shirt collait à sa poitrine, soulignant les muscles tendus en dessous. Il s'abaissa lentement, en disant :

— Si vous ne pouvez pas m'épingler sur le dos, je vais devoir vous juger sur d'autres mérites.

Je pouvais sentir son souffle sur mon visage. Ses lèvres étaient si proches, si pulpeuses et tentantes. Et au lieu d'ouvrir ma bouche pour lui, j'utilisai ce moment de distraction à mon avantage. Je glissai mes mains le long de ses bras, serrant ses biceps de manière provocante et enfonçant mes doigts dans sa chair. Son visage s'abaissa, ses hanches se soulevèrent au-dessus de moi, me donnant l'espace dont j'avais besoin, et lorsque sa bouche effleura presque la mienne, il ferma les yeux. Je le saisis par la nuque et utilisai mes jambes comme levier pour le soulever au-dessus de mon corps, le retournant sur le dos.

Comme je l'avais prévu, la confusion dans ses beaux yeux fut inestimable. Je l'enfourchai et épinglai ses poignets au-dessus de sa tête en me penchant en avant. La réponse instantanée sous mes fesses n'aurait pas pu me rendre plus heureuse. Cross me désirait plus que je le pensais. Et Seigneur, combien je le désirais moi aussi !

— De quels autres mérites parlez-vous ? demandai-je en serrant mes épaules ensemble, sachant parfaitement bien comment la vallée entre mes seins se rétrécissait, mettant en avant les globes dans mon débardeur.

— Seigneur, vous allez me rendre fou avec ceux-là, n'est-ce pas ? grogna-t-il, abaissant son regard sur mon décolleté.

— À un moment donné, ils étaient mes meilleures armes pour obtenir un bon pourboire, dis-je avant de me mordre la lèvre. Mais je suis certaine que vous le saviez déjà. 

Autant je voulais nier la façon dont j'avais payé mes études à l'université, il n'y avait aucun moyen que Cross ne soit pas au courant de mes jours de striptease. 

— Ils le sont toujours, dit-il comme s'il était hypnotisé. Vous savez que le poste est à vous, Allie.

Était-ce vraiment possible que Cross m'embauche juste comme ça ? Ses captivants yeux noisette semblaient dire la vérité, mais il était difficile pour moi de croire que pour une fois, ma vie était aussi simple. 

— Merci, murmurai-je, consciente de ma poitrine qui se soulevait et de sa bouche qui s'y approchait, même si j'étais sur le dessus. Je veux quand même faire mes preuves. 

— Vos références sont éloquentes, Allie.

— Donc, postuler est juste une formalité ?

— Oui. Mais vos questions me font me demander si vous voulez ce travail autant que je vous veux...

Il fit une pause.

— ... à ce poste.

— Pourquoi me voulez-vous tellement…

Cette fois, je pris plus de temps pour continuer.

— … à ce poste ?  

— Ce n’est pas le bon moment pour en discuter.

Il leva les yeux sur Cole qui passait une poignée de serviettes en papier imbibées d’Ajax sur l'un des miroirs. 

— Mais j’ai vraiment besoin de vous. 

Je voulais croire que Cross faisait référence au poste, mais une partie de moi se demanda si son véritable désir ne se cachait pas dans son short sous mes fesses. 

— D'accord. Et qu'allons-nous faire à ce sujet ? 

Je remuai mes hanches sur sa dureté. Nier que je voulais le déshabiller était inutile, mais il était toujours un employeur potentiel, rien de plus. Je ne pouvais pas gâcher ma chance de travailler pour Cross, même s'il avait dit que la paperasse n'était qu'une formalité. 

— Je ne peux pas travailler pour quelqu'un qui veut se glisser sous mes jupes.

— Je veux plus que me glisser sous vos jupes, Allie. Mais si vous le souhaitez, je vous promets de garder mes mains et ma queue pour moi.

Cela ne me dérangerait pas vraiment si Cross rompait sa promesse. Ses lèvres appétissantes suppliaient d'être caressées et humidifiées. Cela ne faisait pas partie de mon plan. Je ne voulais pas être attirée par Cross. Et je ne voulais pas utiliser le sexe pour obtenir ce que je voulais. Plus jamais. Peut-être devrais-je simplement coucher avec lui pour nous débarrasser de ce désir.

Aussi vite que je l'avais renversé, Cross saisit mes bras et je me retrouvai une fois de plus sur le dos. Cette fois, lorsqu'il me chevaucha, la faim brillait dans ses yeux. Il abaissa son corps, sa poitrine plate contre moi, jusqu'à ce que ses coudes reposent à mes côtés.

— Vous allez rendre visite à votre mère, puis vous viendrez à mon bureau vendredi matin. Tous les papiers seront prêts. 

— D’accord, soufflai-je, rendant finalement les armes.

Il tourna sa tête sur la droite. 

— Je crois que nous nous donnons en spectacle. 

— Quoi ?

Je suivis le regard de Cross sur un groupe de femmes alignées derrière le mur en verre, nous regardant avec intensité. Je ne m’étais pas rendue compte que le temps était passé si vite et que la foule du matin était arrivée.

Une chaleur envahit mon visage. 

— Vous êtes superbe quand vous rougissez. 

— Vous devriez vous lever de sur moi, dis-je en sentant mes muscles se tendre.

— Je devrais, et je vais le faire, mais sachez que je n’en ai pas envie. 

Mon cœur tressauta alors que Cross soulevait son corps magnifiquement excité de moi. 

— Je vous enverrai une voiture à sept heures demain matin. 

— D’accord.  

Une dame se couvrit la bouche alors qu'il sortait nonchalamment de la salle d'exercice, le devant de son short formant une tente impressionnante. Cross ne semblait pas s'en soucier. En fait, il eut l'air d'apprécier l'attention. La mâchoire d'une des femmes se décrocha, et elle n'était visiblement pas pressée de la ramasser du sol. Si elle l’avait pu, elle aurait probablement arraché le short rouge des hanches de Cross. Il regarda en arrière une fois de plus alors que je m'appuyais sur les coudes, et il fit un clin d'œil. 

Mes entrailles se tordirent de bonheur et je me mordis la lèvre. Je savais que j'étais totalement séduite par Tristan Croix.

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