Croix de Bois 

Bad Boys, Cowboys et Millionnaires
La série des Croix, Tome 1



Elle cherche le grand amour.

Il n'y a jamais cru.

Mais le seul lien qui les unit pourrait bien les déchirer.

Après la perte de son petit-ami, Grace Brooks brûle de tourner la page. Après des rencontres à la noix qui se sont révélées pénibles, elle a décidé de focaliser ses efforts sur son travail au sein de son salon de beauté.

Sur le point de boucler son enquête sur une famille de mafieux, Hunter Reeve rencontre une femme qui pourrait s’avérer la clé de cette affaire. Mais elle ne se rends pas compte du danger, et son attraction envers cette audacieuse coiffeuse complique encore le tout.

Alors que le danger rôde et s’insinue dans la vie de Grace, Hunter est forcé de choisir entre son travail et Grace. Et le mauvais choix pourrait avoir des conséquences qu’aucun d’entre eux n’est prêt à affronter.

Disponible à:

La série des Croix

Un avant-goût de Croix de Bois: 

Prologue:

Si je m’étais imaginé une déesse, elle aurait eu les traits de Grace Brooks, l’amie d’Emma dont j’étais devenu obsédé, car qu’elle en ait été consciente ou pas, je tenais sa vie entre mes mains.

Quand j’avais demandé à Emma Cross, ma patronne et collègue, d’amener Grace au café, je ne m’étais pas vraiment attendu éprouver une telle excitation pour cette fille. Dotée d’une beauté à couper le souffle, elle arborait un style véritablement unique : une coupe tendance et provocante rehaussée d’une touche de pourpre, une rangée de clous dans le cartilage de l’oreille gauche, et un visage parsemé de taches de rousseur. Je me demandais si le reste son corps était piqueté de la sorte, et si tel était le cas, je voulais compter chaque grain de beauté sur sa peau. Incapable de réprimer mon érection, je dévorais des yeux ce corps menu, léger comme une plume, et ces seins que je rêvais de prendre en coupe. Caché au coin d’une alcôve, je l’avais étudiée pendant plus d’une heure, gravant dans ma mémoire chacun de ses traits, lisant sur ses lèvres, m’imaginant l’extase que j’éprouverais à m’insinuer en elle. Merde ! Dans quel guêpier m’étais-je fourré ?

À présent, assis dans la salle de réunion de Cross Entreprises, l’agence de détectives privés qui m’employait, je suppliais mon amie depuis ce qui me semblait une éternité, 

— Tu dois me la présenter, Em. C’est elle !

— Et lui dire quoi ? « Salut Grace, voici le type qui est sur le point de détruire ta famille » ? Hunter, tu m’as affirmé que tu aimerais la voir juste pour t’assurer qu’elle était bien leur sœur. Rien de plus. 

— J’ignorais que tu avais des amies de ce genre !

— Ça veut dire quoi, ça ?

Putain! Emma avait ce regard qui semblait signifier « Me prends pas pour une conne ». Comment avais-je pu passer à côté de Grace Brooks, la meilleure amie d’Emma ? Certes, j’avais été tellement absorbé par cette enquête que j’en avais oublié tout le reste. Depuis des années, j’accumulais des preuves contre les Wagner. Et maintenant que le frère cadet avait décidé de faire cavalier seul, c’était le moment parfait pour les frapper. J’avais presque toutes les cartes en main pour les faire tomber. Presque, pas toutes. Et voilà qu’après avoir demandé à Emma si elle connaissait cette fille dont le nom était mystérieusement apparu dans une pile de papiers concernant cette affaire, mes plans venaient de tomber à l’eau. Grace Brooks, la seule Wagner à porter le nom de sa mère, se trouvait être la meilleure amie d’Emma – une femme qui s’était brouillée avec une puissante famille à laquelle personne n’osait se frotter. Peut-être y avait-il moyen de faire sa connaissance, après tout. Il devait bien y avoir une raison qui l’avait poussée à rompre tout contact avec ses parents. Pouvais-je l’inciter à me la divulguer ? Et si elle en savait plus qu’elle ne le laissait paraître ? Et si elle ne… Je priai pour que son innocence ne soit pas qu’une façade. 

Les flics nous avaient confié cette affaire. Ils n’avaient ni les ressources ni le personnel nécessaire pour s’en prendre aux Wagner et préféraient payer l’agence Cross pour mettre en prison l’une des plus puissantes familles de Manhattan. Et, cerise sur le gâteau, nous serions payés même en cas d’échec du moment nous menions une enquête minutieuse. Jusqu’à présent, d’après mes recherches, ils se tenaient à carreau – ce qui signifiait simplement qu’ils étaient aussi sournois que des politiciens. Tous excepté Scar, le cadet des quatre frères, celui qui était la clé de la réussite de mon enquête et qui, à son insu, m’avait fourni d’autres renseignements au cours des derniers mois.

— Ouais, j’imagine que tu as raison. (Je me passai la main dans les cheveux.) Et si on cachait mon métier ?

— Je refuse de mentir à Grace. 

Emma croisa les bras et se mit à taper du pied. Bon sang, cette fille était vraiment mûre pour son âge. À vingt-deux ans, elle était plus intelligente et forte que n’importe quelle femme que j’avais rencontrée. À son âge, je… Non, je n’allais pas partir dans ces conneries. Il y a trois ans encore, j’avais son âge.

— Et si sa sécurité était compromise ? demandai-je. 

Il fallait bien que je trouve un prétexte pour forcer Emma à nous présenter.

— C’est le cas ?

— Tu connais les Wagner. Un jour, ils se seront fait beaucoup d’ennemis qui n’hésiteront pas à servir de Grace pour en tirer profit. Je peux la protéger.

— Je ne sais pas, Hunter. Ça me paraît dangereux. Grace a rompu tout contact avec sa famille depuis une décennie. C’est cette distance qui l’a préservée. À mon avis, tu risquerais d’ouvrir une porte qui devrait rester fermée.

— Emma, je suis sûr qu’ils se servent de ton amie. Si tu ne me crois pas, jette un coup d’œil au dossier. Ils la manipulent, et elle ne s’en doute pas une seconde.

Emma parcourut les quelques pages que j’avais apportées. Elle réfléchissait à mes arguments. Je voyais bien qu’elle envisageait de me présenter à son amie. Mon regard glissa par inadvertance sur ses longues jambes jusqu’à l’ourlet de sa jupe crayon. Bon sang, cette fille était sexy sans même le vouloir. La seule raison pour laquelle je n’avais rien tenté avec elle, c’était qu’elle était ma supérieure et que ses frères, qui étaient aussi mes employeurs, me tueraient. Au bout d’un moment, je m‘étais habituée à voir son joli petit cul se dandiner dans le bureau et on était devenus amis. De simples amis. Hors de question que je risque ma vie, ou ma queue, à fricoter avec Emma Cross. Mais un jour, elle rendrait un homme heureux.

— Allez, Em. Tu sais que je suis un type bien. Tu m’as raconté tous les trucs dingues que vous faisiez ensemble. Une fille avec cet esprit serait parfaite pour moi. Tout ce que je veux, c’est une chance avec elle. Et je te promets de la protéger.

— Tu parles comme un amoureux transi.

— Ne me fais pas passer pour un mort de faim. Je ne le suis pas. C’est juste que ça pourrait fonctionner. N’ai-je pas droit au bonheur ?

— Tu sais que ces conneries ne marchent pas sur moi, Hunter.

— O.K., mais je te devrai une faveur. Une grosse.

Elle sirota son café et étendit ses jambes sur le fauteuil de la salle de conférence. Grace avait quitté le Starbucks depuis plus d’une heure, et mon membre était encore dur. J’avais les couilles pleines et je commençais à me sentir idiot à force de supplier Emma de me laisser une chance avec Grace. Je me fichais de savoir que le matin même, j’étais enfoui dans une fille jusqu’à la garde. Je me fichais de savoir que j’aurais pu aller en boîte et me taper quelle nana parmi toutes celles qui étaient prêtes à se mettre à genoux et à me sucer dans la seconde – simplement parce la seule chose qui m’intéressait chez elle, c’était la possibilité de décharger et de soulager la pression. Elles ne représentaient qu’une simple nécessité, un moyen de parvenir à mes fins, mais elles n’étaient pas Grace. Jamais je n’avais rencontré une femme qui m’avait donné envie de rester avec elle. Grace Brooks était la première, et nous n’avions pas échangé un seul mot. Et bien sûr, je voulais aussi la baiser, quel homme n’en aurait pas eu envie ?

Ce serait un péché de ne pas honorer ce corps. Et je ferais en sorte que Grace Brooks se rende compte qu’il avait été créé pour être satisfait toute la journée, et toute la nuit. 

— Si jamais tu lui fais du mal, je te le ferai payer.

Emma se hissa sur la pointe des pieds pour me regarder droit dans les yeux, puis ajouta :

— Pas seulement moi, Hunter, mais aussi Tristan et Julian. Grace est une sœur pour nous.

Elle ne plaisantait pas, et jamais je ne me risquerais à décevoir Emma Cross.

— Je sais. Je promets. Parole de scout. (Je levai la main et grimaçai. Cette promesse évoquait toujours d’horribles souvenirs de ma jeunesse. Ma montre sonna.) Merde, je suis en retard. 

Je me levai d’un bond et m’emparai de mon sac en toile.

— Je serai de retour dans trois mois, Em ! m’exclamai-je avant de fermer la porte. Je t’appelle dès que j’atterris. Assure-toi que Grace reste célibataire.

Et je partais à Las Vegas pour mener la traque la plus importante de toute ma vie, à la recherche de preuves d’extorsion et d’évasion fiscales susceptibles d’envoyer la famille Wagner en prison.


Chapitre 1

Les sèche-cheveux vrombissaient, les ciseaux coupaient. L’odeur du peroxyde d’oxygène et de shampoings hors de prix emplissait l’air. Telle une armée de fourmis bien entraînées, mes employés s’affairaient à laver et à coiffer quelques-unes des têtes les plus célèbres au monde. Sur rendre-vous uniquement : personne ne débarquait ici sans prévenir. Trois célébrités venaient de faire l’éloge du salon à la télévision, ce qui m’avait assuré des mois de réservations en avance. Alors, quand mon regard se posa sur l’embrasure où se tenait ma meilleure amie Emma Cross aux côtés d’un homme des cavernes, je manquai de défaillir.

Mais où avait-elle bien pu le trouver? C’était Manhattan, et pas l’Âge de pierre. Je me précipitai vers l’accueil en soufflant et en haletant comme le loup dans Les trois petits cochons, mais bien sûr Emma avait déjà son regard de chien battu, prête à un combat que nous savions perdu d’avance pour moi.

— Qu’est-ce que c’est que ça ? demandai-je en désignant l’homme qui n’avait pas bronché depuis le moment où elle l’avait entraîné à l’intérieur.

Son visage demeurait indéchiffrable, mais c’était probablement parce que la majeure partie était couverte de poils. Je me penchai pour l’examiner de plus près. C’est bien une plume que je vois là-dedans? Oh, cette puanteur! Je reculai comme si je venais de sentir Pépé le Putois.

— Il est resté sous couverture pendant un moment, sous la supervision d’Allie, et maintenant, il a besoin d’une coupe avant que tu l’emmènes à la clinique.

— Est-ce qu’il est humain ? 

J’enfonçai mon doigt dans son avant-bras, mais il ne broncha pas. Sa chemise devrait s’être raidie sous l’effet de toute la saleté qui s’y était accumulée.

— Et puis qu’est-ce que cette histoire de le conduire ? demandai-je. C’est ton boulot. Si mes clients me voient avec ce truc, je serais ruinée, Emma.

Il pouvait bien entendre, je m’en fichais. Il était hors de question qu’il fasse un pas de plus dans mon salon avec des vêtements qui n’avaient jamais vu de machine à laver. Sans oublier cette barbe qui ressemblait au nid d’un oiseau sauvage et lui aurait valu une citation dans le Guinness des records. 

— Il a vraiment besoin d’une coupe, dit-elle en faisant la moue. Et d’être rasé. Tu sais, si ça ne tenait qu’à moi, je l’aurais rasé partout, si tu vois ce que je veux dire, et même épilé. De quoi transformer Robinson en Apollon !

L’espace d’un instant, je crus voir l’homme des cavernes couler un regard vers mon amie, mais ce n’était sûrement qu’un effet de mon imagination.

— Emma, je ne pense pas avoir de ciseaux assez gros ni des lames assez affûtées pour venir à bout de cette jungle sur son visage. Et il faudrait que je commande des litres de cire. De plus, je ne fais pas dans le caritatif. Et même si c’était le cas, je ne pourrais pas le laisser déambuler parmi tous mes clients. 

Je l’entraînai à l’extérieur. Le vagabond demeura cloué sur place, figé comme une statue.

— L’agence Cross paiera. Allie m’a dit qu’elle prendrait tous les frais à sa charge.

Je la pris à part, loin du nouveau protégé d’Allie.

— Tu sais bien que je ferais n’importe quoi pour vous, mais ce… (Je reniflai.) Emma, je crois qu’il ne s’est pas lavé depuis des années. 

— Il est traumatisé. (Elle consulta sa montre.) Grace, je ne te remercierai jamais assez, mais j’ai rendez-vous avec un type.

— Oh non ! Tu ne me laisseras pas avec ce truc !

— Grace, je ferai n’importe quoi pour toi, je te le promets. Quand tu auras fini, conduis-le à cette adresse.

Elle me tendit une carte de visite.

— Emma, ne t’avise pas de…

— N’importe quoi, Grace. Je le pense. Je t’aime ! Tu es la meilleure amie du monde entier, dit-elle en reculant, me laissant seule avec Cro-Magnon.

Merde! Je jetai un coup d’œil par-dessus mon épaule en direction du type campé sur mon seuil. Il n’avait toujours pas bougé d’un pouce. Quelque chose clochait chez lui. Il se tenait là, l’air absent, le regard fixé au loin. Je n’aurais jamais cru qu’un homme aussi grand, aussi costaud, puisse paraître si faible. Quand je me retournai, Emma avait disparu, et je savais que je ne pouvais pas le laisser là, alors qu’un de mes clients pouvait entrer ou sortir à tout moment. J’étouffai un juron en me promettant de me venger d’Emma.

— Venez. 

Je le saisis par la manche et l’entraînai vers l’arrière du salon en passant par l’entrée de service. Pour tenter de le camoufler, je m’emparai d’une serviette propre – que j’étais sûre de devoir jeter par la suite –, la drapai autour de sa tête, puis l’aidai à enfiler une blouse trop étroite pour ses épaules. Le client qui avait pris rendez-vous pour un bain de boue marinait encore dans la baignoire avec des concombres sur les yeux. J’en profitai pour attirer l’homme des cavernes vers la cabine de douche dans la salle voisine. 

— Je prie pour que vous me compreniez. Je vous en supplie, dites-moi que vous savez prendre une douche.

Un muscle tressaillit dans sa mâchoire, et je sursautai quand il esquissa un mouvement, le premier depuis qu’il était arrivé. Il ôta la première couche de vêtements et la fit passer par-dessus ses épaules. Le tissu rigide tomba au sol. Puis il retira un tee-shirt, suivi d’un deuxième, dévoilant son torse. Un tatouage estompé apparut à travers les poils hirsutes. Il avait non seulement besoin d’une coupe, mais aussi d’un bon coup de tondeuse, et d’une épilation à des endroits où je ne voulais même pas m’aventurer. Et si j’avais pu oublier l’odeur qui émanait de cet homme, j’aurais peut-être regardé ces muscles d’une autre manière. Seigneur, qu’ils étaient durs ! Son ventre plat s’incurvait légèrement, dessinant des abdos sculptés comme je n’en avais plus vu depuis longtemps. Alors que mon regard plongeait inéluctablement vers la ceinture qu’il desserrait, je retins mon souffle. J’aurais dû me retourner, mais je ne pus pas m’empêcher de le regarder ouvrir la boucle et faire glisser son pantalon le long de son bassin étroit jusqu’à ses chevilles.

Putain de merde !

Il ne portait pas de sous-vêtements ! Et pourquoi le matai-je encore ?

Mais comment aurais-je pu détourner les yeux ? Sa queue était énorme, et elle n’était même pas en érection. Je sentis mes cuisses se tendre et ma bouche devenir sèche. Je me léchai la lèvre inférieure et levai lentement le regard pour le contempler dans toute sa splendeur. Même crasseux, il était beau comme un dieu. J’eus un pincement au cœur en m’imaginant ce qui avait pu transformer un homme de cette corpulence, au corps d’athlète, en zombie. M. Neandertal, qui avait l’air de pouvoir tuer un sanglier à mains nues, demeurait impassible.

Bouge, Grace, bouge!

Je m’intercalai entre le mur et lui pour atteindre le pommeau de douche. Ma poitrine frôla son bras et éveilla une étrange excitation dans mon bas-ventre. L’eau se mit à couler et je reculai en me tortillant, forcée de me frotter de nouveau contre lui, mes tétons encore plus sensibles à son contact.

Mes pensées divaguèrent vers l’âge de pierre, l’époque où les hommes des cavernes traînaient leurs femmes par les cheveux jusqu’à leur paillasse. Deux êtres primitifs, sales et sauvages, faisaient l’amour comme des bêtes. Ils se frottaient l’un contre l’autre en poussant des grognements, l’homme la pénétrant sans ménagement. Fou de désir, il n’avait pas pris la peine de la déshabiller, se contenant d’écarter le lambeau de peau qui lui couvrait les fesses. Leurs corps dégoulinaient de sueur, les gouttes laissant des traînées claires sur leurs corps sales.

Mais qu’est-ce qui te prend, Grace? Je chassai ces pensées idiotes. Si je ne baisais pas bientôt, je me taperais le prochain homme des cavernes qui passerait. Et vu comment fonctionnait Emma, cela pouvait arriver n’importe quand.

— Vous devez vous laver avant que je vous coupe les cheveux.

Je lui touchai le coude pour le guider doucement à l’intérieur de la douche, où il se tint immobile.

— Hé, ça ne se fera pas tout seul. Tenez.

Je lui montrai le distributeur de shampoing et en versai une dose dans ma main.

Il ne broncha pas. J’avais déjà le côté droit trempé, mais si l’homme des cavernes ne se lavait pas avant que mon client sorte de son bain de boue, je serais dans la mouise.

Je déposai la mixture crémeuse dans sa paume, mais il demeura aussi immobile qu’une statue.

— Et merde.

Je retirai mes chaussures et entrai dans la douche avec lui. Je n’avais aucun moyen de lui laver la tête s’il ne bougeait pas.

— Baissez-vous.

Je tirai sur ses bras pour le forcer à descendre, et il se laissa faire. Puis je repris un peu de shampoing que l’étalai sur ses boucles épaisses, et l’émulsionnai depuis les pointes jusqu’à la racine avant de lui frictionner le crâne.

L’espace d’un instant, je crus l’entendre gémir, et je souris parce que cela arrivait souvent quand je lavais les cheveux de mes clients. La plupart des gens ignorent que le cuir chevelu est très sensible et qu’un simple shampoing accompagné d’un massage peut être très efficace pour soulager la pression et le stress. Certains disent que j’ai des doigts magiques, des doigts de fée.

Quand je remarquai que l’homme des cavernes inclinait de plus en plus son crâne dans mes paumes, je sus que j’avais éveillé une première émotion en lui, probablement enfouie depuis une éternité. Une fois ses cheveux lissés en arrière, ses traits devinrent plus définis, plus ciselés. En découvrant ses pommettes saillantes, je me demandais quelle forme avait sa mâchoire sous sa longue barbe. Il ouvrit les yeux, et ses pupilles d’un bleu profond me fixèrent pour la première fois à travers l’eau qui coulait. Quand je sentis son souffle chaud contre mon ventre, j’éprouvai une soudaine sensation de vulnérabilité. Qu’est-ce qui m’arrivait ?

Cro-Magnon se leva lentement, tout seul, sans que j’aie besoin de le guider. J’avais le dos plaqué contre la paroi, et en le sentant si proche, je ne pus empêcher mes pensées de retourner à l’âge de pierre. Sauf que cette fois, la grotte était équipée d’une douche luxueuse où l’homme soulevait la femme pour la caler sur ses hanches avant de s’enfoncer profondément entre ses fesses d’un grand coup de reins. Les jambes nouées autour de sa taille, elle se cramponnait à son cou tandis qu’à chaque poussée, son membre s’enfouissait au plus profond d’elle jusqu’au moment où elle hurla de plaisir.

Une traction au niveau du poignet me ramena au présent. L’homme des cavernes me cloua le bras au mur, juste au-dessus de ma tête, avant de s’emparer du savon dans ma paume et de s’employer à se laver le torse. Une partie de moi voulait rester là à le regarder se savonner les muscles, glisser ses mains en travers de ses abdominaux et plus bas pour nettoyer chaque centimètre de sa peau, mais une autre partie savait qu’il était temps de partir et de le laisser tranquille. Pour la première fois depuis notre rencontre, il esquissait ses propres mouvements sans qu’on ait à le guider ou à le commander.

Trempée, je sortis de la douche, puis m’appuyai contre le mur. Le souffle court, je me penchai en avant, les paumes sur les genoux, essayant d’emplir mes poumons d’air. Qu’est-ce qui venait de se passer ? En un clin d’œil, cet homme m’avait attiré dans son monde au point de me faire perdre tous mes repères. Dire que quelques minutes plus tôt, sa simple vue m’écœurait. Mais en le voyant si vulnérable et soumis à ma volonté, un sentiment longtemps enfoui s’était éveillé en moi. Je n’avais pas vu un homme aussi dépendant depuis des années, et cette fragilité me brisait le cœur. Je devais l’aider. Je maudis Emma. Elle savait que cela arriverait. Enfin, pas la partie douche – c’était un incident. Je n’avais jamais laissé aller de la sorte avec un de ses protégés.

En toute hâte, je troquai mes habits trempés contre une nouvelle paire de jeans et un débardeur. Je serais obligée de me passer de sous-vêtements pour le reste de la journée, puisque je n’avais pas compté me doucher avec les seuls que j’avais emportés. Alors que je boutonnais mon pantalon, la douche s’arrêta. Cro-Magnon sortit nu comme un ver. Je le contemplai bouche bée. Il était propre comme un sou neuf et l’eau luisait sur son corps musclé comme s’il avait été oint d’huile. Le tatouage qui serpentait en travers de ses pectoraux apparaissait plus distinctement au milieu des boucles noires et mouillées agglutinées sur son torse. Mon regard suivit la mince toison de son ventre, irrésistiblement attiré vers le bas. Il fallut un moment avant que je sois capable de lui tendre une serviette, parce qu’en toute honnêteté, à ce moment-là, je m’imaginais avec lui sur le sol, le laissant me posséder comme bon lui semblait.

J’avais le sentiment que l’homme des cavernes allait devenir bien plus qu’une nouvelle faveur envers Emma, et j’avais peur de ce que cela signifiait, ou plutôt de ce que je voulais y voir.

Chapitre 2

Je fouillai dans son sac et remerciai Dieu qu’il contienne des vêtements étant donné que je n’étais pas sûre d’en trouver à sa taille dans mon salon. 

— Il faut vous habiller.

J’appuyai le sac contre son torse. Bon sang, qu’il était ferme ! Mais l’homme des cavernes demeura immobile.

— Écoutez, je sais que vous me comprenez, et je ne le répéterai pas. Je ne peux pas… enfin, je refuse de vous habiller. Vous devez vous en charger vous-même. Et je vais envoyer quelqu’un pour vous aider à vous raser et à vous couper les ongles avant que je m’occupe de vos cheveux.

Tous mes coiffeurs étaient pris. En outre, je ne pouvais pas le laisser à leurs soins. Ils ne me pardonneraient jamais de leur avoir confié une tâche aussi ingrate. Moi en revanche, j’avais effectué suffisamment de coupes bas de gamme pour ne pas me vexer. Et honnêtement, à ce stade, j’étais curieuse de voir le visage caché sous cette barbe.

Malgré ma sollicitation, il demeura aussi immobile qu’une statue.

— Frankie aime les hommes. Alors, je vous conseille de vous habiller si vous ne voulez pas qu’il abuse de vous.

Un sourire étira un coin de sa bouche. Je m’efforçai de garder les yeux rivés sur son visage parce qu’en m’aventurant plus bas, je serais forcée de contempler ce corps sexy en diable, et dans ce cas, je n’étais pas sûre de pouvoir travailler normalement pendant le reste de la journée, voire de la semaine. En voyant une lueur de compréhension éclairer son regard, je déposai le sac devant lui. Ce faisant, j’entrevis de nouveau la partie de son anatomie au-dessous de sa ceinture. Mon ventre se serra alors qu’un désir inattendu montait en moi. Je me levai en toute hâte, un peu étourdie.

— Bien. Je vais… Ils m’appelleront quand vous serez prêt pour moi. Je veux dire, pour que je vous coupe les cheveux. 

Et je le quittai. Pour son propre bien, j’espérais qu’il s’était habillé. Haletante, je me dirigeais vers Frankie, qui venait d’en finir avec son dernier rendez-vous et s’apprêtait à partir déjeuner.

Je lui tapotai sur l’épaule.

— J’ai besoin d’un service, lui dis-je.

Frankie se tourna d’un bloc, les pointes pourpres de ses cheveux blonds étincelant à la lumière.

— Tout ce que tu veux, ma chérie.

— Il y a une totale qui t’attend au fond.

« La totale » était un nom de code pour signifier qu’un client avait besoin d’un soin complet.

— Qui est-ce ?

— Ce n’est pas une célébrité, mais il faut lui faire retrouver un aspect humain. Je lui ai fait prendre une douche. Et tu dois me promettre de ne pas vendre la mèche au risque d’effrayer les clients.

— Laisse-moi deviner. Emma est passée ?

— Oui. Je t’en prie, Frankie, je ne veux pas qu’on sache qu’on accueille d’autres personnes que des célébrités, et tu es le seul en qui j’ai confiance pour garder le secret. Cet homme des cavernes pourrait vraiment me ruiner.

— Cet homme des cavernes ? 

Frankie haussa les sourcils et écarquilla les yeux de curiosité. Il tapa des mains comme un enfant qui venait d’obtenir un bon d’achat illimité pour un magasin de jouets.

— Tu aurais dû le dire tout de suite ! s’exclama-t-il.

— Ce n’est pas ce que tu t’imagines. Il a vraiment l’air d’avoir joué avec un tigre à dents de sabre ce matin.

— Et tu es allée nager dans le lac avec lui ? 

Il tira sur mes mèches mouillées, pris d’un soudain intérêt pour ma coiffure négligée.

— Non, mentis-je. Je dois me recoiffer. Envoie-le-moi quand il sera rasé et épilé. Et Frankie, je te le revaudrai. 

Je le serrai dans mes bras. Il était avec moi depuis l’ouverture de mon salon, quand il s’était présenté à l’accueil après avoir vu l’annonce collée sur ma vitrine. Fraîchement diplômé, Frankie cherchait quelqu’un qui lui donnerait sa chance, et je cherchais quelqu’un d’aussi talentueux et sociable que lui pour élever le salon jusqu’au niveau qu’il avait désormais atteint.

— Tu ne me dois rien, chérie. Allez, va te recoiffer, sinon toi aussi tu risques d’effrayer les clients.

— Merci.

Je me dirigeai vers le poste de Frankie sur le côté et commençai à me sécher les cheveux. Alors que le vrombissement du sèche-cheveux noyait tous les bruits autour de moi, un souvenir du corps ferme de l’homme des cavernes me traversa l’esprit. J’aurais au moins dû demander à Emma de me dire son nom et ce qui lui était arrivé. Je m’étais demandé ce qu’il avait bien pu subir pour se retrouver dans un tel état de prostration. Et suffisait-il réellement d’un massage du cuir chevelu pour le ressusciter en partie ? Plusieurs fois par an, Emma m’amenait quelqu’un pour une coupe ou un relooking. Et la plupart du temps, il s’agissait de femmes qui avaient été battues par des maquereaux ou des maris violents et sauvées par le département de l’agence Cross dirigé par Allie, la belle-sœur d’Emma. Et jusqu’à présent, c’était Emma qui les avait emmenées en centre de réadaptation. Pourquoi insistait-elle soudain pour que j’y conduise l’homme des cavernes ? Son boulot était toute sa vie. Emma n’avait peut-être pas été chargée de toutes les affaires qu’elle aurait voulues, mais c’était une excellente détective privée.

Je sortis de ma poche la carte de visite qu’Emma m’avait donnée. Il y était écrit : clinique Holland, Traitement des maladies mentales, avec une adresse et un numéro de téléphone. Cro-Magnon était-il un déséquilibré ? Une pointe d’angoisse me traversa. Aurais-je dû éviter tout contact rapproché ? Était-il dangereux ? Une partie de moi envisageait cette possibilité. Quand il m’avait saisie par le poignet, j’avais d’abord eu peur, mais la douceur avec laquelle il avait coincé une mèche de mes cheveux derrière mon oreille et pris le savon de ma main m’avait apaisée. Comment s’occuperaient-ils de lui à la clinique ? Lui feraient-ils suivre une thérapie en le gavant de pilules ? 

Puisqu’Emma n’était toujours pas de retour, je n’avais pas d’autre choix que de l’accompagner au centre après le travail. Je me demandais si le genre de soins qu’ils fournissaient était véritablement adapté à mon homme des cavernes. Je secouai la tête. Ce n’était pas le mien. Du reste, il n’avait pas l’air blessé physiquement. Le traumatisme qu’il avait subi l’avait emmuré vivant, et un simple massage crânien m’avait permis de percer cette carapace. Je n’étais pas une experte, mais il ne paraissait pas effrayé : les horreurs qu’il avait vues ou vécues avaient dû l’affecter au plus profond de lui-même.

Une forte détonation et le bruit d’une vitre cassé me tirèrent de mes songes. 

— Les mains en l’air ! cria quelqu’un.

Qu’est-ce que c’est que ce bordel? me demandai-je.

Les cris et hurlements de mon personnel et de mes clients fusèrent à travers le salon, et je me rendis compte que nous étions victimes d’un vol à main armée.

Merde !

Je me faufilai derrière la paroi du poste de Frankie et me précipitai vers le fond à quatre pattes. Chelsea resta figée sur place.

— Donne-moi ton téléphone, murmurai-je en l’attirant sous une table garnie de serviettes propres. Ne bouge pas.

À l’avant du salon, des vitres se brisèrent et du matériel s’écrasa au sol. Les braqueurs se frayaient un chemin jusqu’à l’arrière-boutique. 

Un flot d’adrénaline parcourut mes veines. Les bruits de meubles qui tombaient, les menaces et les gémissements me sautèrent à la gorge, manquant de m’étouffer. Mais je ne pouvais pas abandonner maintenant. Je devais agir. Je composai le numéro des secours et coupai la personne qui égrenait le message d’accueil.

— Il y a des braqueurs chez moi. Ils ont des armes. Je suis au 365, Cinquième avenue. Dépêch…

Le froid du métal contre ma tempe m’arrêta net.

— Pose ce putain de téléphone.

La voix grave me donnait la chair de poule. Lentement, je levai les bras et lâchai l’appareil. Il s’écrasa au sol et vola en éclats.

— Où est le coffre ? demanda l’homme derrière moi.

— Je ne sais pas de quoi vous parlez.

Idiote. Manifestement, ils étaient au courant de ma planque. Pourquoi refuser de coopérer ? Pourquoi ne pas leur donner ce qu’ils voulaient ? Parce qu’un jour, je m’étais promis de ne plus jamais être une victime. Des souvenirs de cette funeste journée remontèrent à la surface et je rassemblai tout le courage que j’avais accumulé durant ces douze derniers mois.

L’homme baissa son pistolet pour l’appuyer contre ma cage thoracique.

— Te fous pas de ma gueule. On sait que t’es la proprio et que tu planques ton fric à l’arrière. Alors, où est le coffre ?

Sa voix me semblait familière, mais impossible de me souvenir d’où je l’avais entendue. Un masque de ski lui recouvrait le visage, et pourtant, durant cet instant fugace où j’aperçus ses yeux, j’eus l’impression d’avoir déjà vu ce regard.

— Mes clients paient par carte bleue.

Malgré le léger tremblement dans ma voix, j’avais l’air assez courageuse. Je savais que c’était stupide. J’aurais dû me contenter de le conduire dans mon bureau et de lui donner l’argent. Mais mon côté têtu refusait.

— Pas tous. 

Il enfonça le pistolet dans mes côtes pour me forcer à bouger. Sans doute aurais-je un hématome à cet endroit. Enfin, si je m’en sortais vivante. Par crainte de le surprendre, ce qui l’inciterait à appuyer sur la détente, je me traînai lentement vers mon bureau, où se trouvait mon coffre. S’il était vrai que la plupart de mes clients payaient par carte bleue ou disposaient d’un compte spécifique, la majorité laissait des pourboires en espèces, que je gardais sous clé. Et bien sûr, je ne vidais mon coffre qu’une fois par semaine parce que je me servais de cet argent pour payer les déjeuners de mon personnel, les fêtes, et les caprices de dernières minutes des célébrités. Je n’étais pas passé à la banque depuis cinq jours. Il devait bien y avoir quelques milliers de dollars là-dedans. Mais comment le savaient-ils ? Qui leur avait refilé le tuyau ?

— Écoutez, je ne suis pas une menace, et ce pistolet me fait mal aux côtes. Vous pourriez vous détendre un peu ?

— Inutile de jouer les durs à cuire, Gracie. File-moi le fric, et on se barre. Tu viens avec moi, chérie.

Cela faisait longtemps qu’on ne m’avait pas appelée Gracie. Et il voulait que je le suive ? O.K., maintenant j’étais convaincue que c’était un coup monté de l’intérieur. Celui qui avait rancardé ce minable devait travailler ici. Mais je n’étais pas une poule mouillée, et je sentais l’énergie bouillonner dans mes veines. Je n’abandonnerais pas aussi facilement. Il était hors de question que je le laisse me kidnapper et me détrousser sans lui opposer la moindre résistance. J’avais traversé trop de saloperies pour me faire rouler dans la farine par un putain de voleur, qui n’avait même pas les couilles de dévaliser une banque.

La voix d’un agent de police dans un mégaphone s’éleva depuis l’avant de la boutique.

— Levez les mains en l’air et lâchez vos armes ! Nous ne voulons pas de blessés !

— Putain, Grace ! Tout ça, c’est ta faute. C’est toi qui as fait ça. Tu les as appelés. Je te jure que tout le monde te reprochera leur mort. 

Et c’est là que je pris conscience que ce type était plus coriace que je croyais. Songeait-il sérieusement à tuer pour une poignée de dollars ? L’avais-je sous-estimé ?

— Vous pouvez toujours partir, murmurai-je.

— Les flics sont là.

Je reculai en sentant son haleine fétide contre mon oreille. Mes bras se couvrirent de chair de poule, et je regrettai qu’Emma ne soit pas là. C’était une dure à cuire, et elle aurait probablement réussi à se débarrasser de ce type. Moi, en revanche, je n’avais pour seules armes que ma bouche et mon cerveau.

— Il y a une issue au fond.

Je savais qu’à l’avant les policiers étaient passés à l’action. Ses camarades avaient dû jeter l’éponge et la police libérait le personnel et les clients.

— Montre-moi. On y va ensemble.

En le conduisant à travers le couloir vide, je remarquai deux de mes employés cachés derrière une grande armoire. D’un regard, je les suppliai de ne pas bouger. Je voulais à tout prix éviter que quelqu’un soit blessé. Pour échapper aux médias et aux curieux, on faisait souvent passer les célébrités par la porte du fond, qui donnait sur un garage.

— Où est la sortie, Grace ? demanda-t-il en me bousculant à travers le passage étroit.

— Il l’a emmenée à l’arrière, dit quelqu’un alors que j’ouvrais la porte.

Autant je ne voulais pas qu’il s’en tire aussi facilement, autant je tenais à ma vie et à celle de mes employés. Et à ce moment précis, alors qu’il tenait son pistolet contre ma nuque, cet homme avait tout le pouvoir.

— Je n’oublierai pas, Grace. T’as tout fait foirer et tu me le paieras. D’une façon ou d’une…

Quelqu’un décocha un coup de pied dans le bras du braqueur, et le pistolet vola de ses mains. Des coups de feu retentirent à l’avant tandis qu’un homme me clouait au sol de tout son poids, et ce n’était pas celui qui avait tenu l’arme. Ce dernier venait de sortir en courant.

— Tout va bien, Grace. Restez tranquille.

La voix ne me disait rien, mais curieusement, son contact m’était familier. L’odeur d’after-shave était grisante. Je levai les yeux et découvris le visage d’un dieu grec. Mentalement, je parcourus tous les rendez-vous de la journée en me demandant quel était le nom de ce mannequin. Il me tenait prisonnière entre ses bras, serrée contre son torse, nos cœurs battant l’un contre l’autre. Je respirai son odeur et ma tête se mit à tourner.

— Ça va ? demanda-t-il. 

Ses cheveux tombèrent sur son visage et me caressèrent la peau. J’avais envie de soulever ces magnifiques boucles pour contempler de nouveau ses traits, mais mes bras étaient bloqués par les siens. 

Les coups de feu cessèrent et des policiers se précipitèrent vers nous.

— Oui, je crois. Merci.

Mon héros se leva, me privant de sa douce chaleur.

— Madame, vous êtes blessée ? s’enquit un agent.

— Non, répondis-je en secouant la tête. Le type… Il s’est enfui… par-là.

Deux agents braquèrent leurs armes sur la porte et s’élancèrent à la poursuite du braqueur.

— Les autres vont bien ? demandai-je.

— Oui. On les a rassemblés à l’avant. Une ambulance est là. Les secours vont vous examiner.

— Merci, mais commencez par mon client.

— Votre client ? répéta le beau gosse à mes côtés. 

Terriblement embarrassée par cette situation, je me promis de renforcer la sécurité du salon.

— Oui, je suis désolée de ce qui s’est passé. Nous vous offrirons des soins et des massages gratuits pour vous dédommager. 

Je parcourus la pièce du regard et ajoutai :

— Dès que nous aurons tout remis en état.

Ce qui risquait de prendre un certain temps.

— C’est inutile, Grace.

— Attendez, vous me connaissez ? Je ne crois pas que nous ayons été présentés. 

La poussière à présent retombée, sa silhouette m’apparaissait plus clairement. Ses larges épaules et son bassin étroit m’étaient effectivement familiers.

— Je m’appelle Hunter, dit-il avec un sourire jusqu’aux oreilles. Je suis votre homme des cavernes, Grace.

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